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Analyse du prix des engrais
Analyse des engrais - Octobre 2026
Les prix des engrais azotés ont diminué depuis la fin des semis et des applications durant l’été, contrairement aux prix des engrais phosphatés et potassiques. Les conflits géopolitiques, comme la guerre en Iran et la recrudescence de la guerre en Ukraine, continuent d’apporter énormément d’incertitudes sur le marché des fertilisants. Les prix des engrais phosphatés demeurent soutenus par le prix élevé du soufre, l’un de des principaux intrants de leur production, une conséquence directe du conflit en Iran. La faiblesse du dollar canadien ne se reflète pas encore dans le prix des engrais, mais si celle-ci persiste, elle pourrait bien rendre les engrais plus dispendieux dès le mois prochain. Dans un contexte de tensions géopolitiques perpétuelles et d’un huard faible, les perspectives de prix demeurent haussières pour les engrais azotés et phosphatés, tandis qu'elles restent neutres pour les engrais potassiques.
Le prix élevé du soufre est devenu l’enjeu majeur au cours de la dernière année. Cet élément n’est pas essentiel à la fertilisation, comme l’azote, le phosphore et le potassium, mais est indispensable à la production d’engrais phosphatés, en plus de la roche phosphatée et de l’ammoniac. Le prix du soufre à Tampa aux États-Unis se situait à environ 174,76 $ US/t en moyenne au cours des dix dernières années, comparativement à 1 118 et 1 219 $ US/t en septembre dernier. La forte hausse du prix du soufre s’explique principalement par sa rareté, causée par les restrictions à la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz. Selon Fertilizer Institute, près de la moitié des exportations de soufre proviennent des pays exposés à la rupture d’approvisionnement dans ce détroit stratégique. Cette augmentation des coûts de production des engrais phosphatés a forcé certaines usines à réduire leur production, voire l’interrompre. En août dernier, Mosaic a annoncé qu’elle réduisait ses effectifs dans deux de ses installations de production en Louisiane, à cause de la faible disponibilité du soufre, principalement. Toutefois, Bloomberg rapportait, le 1er octobre, des livraisons de soufre de près de 170 000 tonnes ont transité par le détroit d’Ormuz, atténuant ainsi la faiblesse de l’offre mondiale. Ce soufre en provenance du Qatar et du Koweït aurait été transporté sur trois navires pour se diriger vers la Tanzanie, l’Angola et l’Inde.
L’administration Trump a annoncé le 23 juillet dernier des tarifs de 10 à 12,5 % sur une panoplie de produits importés provenant de plusieurs pays. Cependant, le carburant, les aliments et les fertilisants étaient exemptés, tout comme les biens couverts par l’ACEUM. Donald Trump a déclaré le 21 septembre dernier être en train de travailler pour importer davantage de potasse de la Biélorussie à des prix inférieurs à ceux payés au Canada. Cependant, le prix de la potasse biélorusse équivaudrait au prix du marché et le volume resterait insuffisant pour substituer complètement l’offre canadienne aux États-Unis. Autrement, l’impact réel de cette mesure risque d’être plutôt limité.
Le détroit d’Ormuz continue d’être un enjeu majeur dans l’approvisionnement mondial en engrais. Washington et Téhéran semblent toujours loin d’une entente permettant un rétablissement complet de la libre circulation maritime. L’Iran demanderait des concessions de la part des États-Unis qui pourraient correspondre à une levée du blocus naval et des sanctions sur le pétrole brut. Cependant, Trump ne donne aucun signe d’être prêt à un quelconque compromis. Une enquête du Wall Street Journal indique que les flux pétroliers transitant par le détroit sont revenus près de leur niveau d'avant-conflit, bien que les prix du pétrole brut demeurent élevés. L’Arabie saoudite exporterait maintenant son or noir par pipeline vers la mer Rouge. Goldman Sachs estime les exportations du Moyen-Orient transitant par le détroit d'Ormuz et les ports de la mer Rouge à environ 23 millions de barils par jour, un niveau comparable à l'an dernier.
En Inde, le gouvernement a dévoilé une nouvelle politique visant à atteindre l’autosuffisance dans le marché des engrais à la suite de la guerre en Iran où le pays s’est révélé très dépendant de l’approvisionnement extérieur. Le dossier est hautement politique, les agriculteurs représentant un important bassin électoral. Les engrais, fortement subventionnés, sont achetés par des sociétés d'État au moyen d'appels d'offres internationaux, puis revendus aux producteurs agricoles à prix réduit. Le gouvernement s’attend à ce que la nouvelle politique mène à la construction de neuf nouvelles usines d’ammoniac, augmentant ainsi la production annuelle de 10 millions de tonnes (Mt). Cependant, l’augmentation de la production d’engrais à elle seule pourrait s’avérer insuffisante. Cette nouvelle capacité de production ne suffirait qu’à absorber la croissance annuelle de la demande, estimée à environ 5 %. Présentement, l’Inde dispose de 33 usines de production d’urée pour une capacité annuelle de 27 Mt.
L’autre solution envisagée est une rationalisation des applications. L’Inde est le plus grand utilisateur d’engrais azotés dans le monde, dépassant les États-Unis et le Brésil combinés. De plus, le programme de subvention des engrais est devenu très lourd. Doté d'un budget de 17,7 G$ US, ce programme pourrait néanmoins voir ses coûts grimper jusqu'à 31 G$ US. Le premier ministre de l’Inde a invité les producteurs à réduire leur consommation d’engrais de moitié afin de participer à l’effort collectif visant à réduire leur dépendance face aux principaux biens importés et à protéger l’environnement.
Argus Media a présenté une conférence sur le secteur des engrais. Les conférenciers ont recensé les nombreuses ruptures d’approvisionnement dans le secteur des engrais. Le détroit d’Ormuz et la mer Noire figurent en tête de liste, à laquelle s’ajoutent le détroit de Bab el-Mandeb sous contrôle des Houtis et le canal de Panama lors de périodes de sécheresse. La mer Baltique constitue un autre exemple rarement évoqué dans les médias. Le détournement de l’approvisionnement de la mer Noire aurait causé de la congestion navale sur cette voie maritime, ralentissant la circulation et augmentant la pression sur l’entreposage. Le port de Vancouver constitue un autre point de vulnérabilité, sa capacité d'exportation étant périodiquement réduite lors des feux de forêt de plus en plus fréquents. L’accumulation de ces perturbations logistiques exerce une forte pression à la hausse sur les coûts de transport des engrais. Au cours des cinq dernières années, le coût du transport du soufre du Moyen-Orient vers la Chine s’est multiplié par plus de 7, passant de 20 $ US/t à plus de 140 $ US/t. Quant au prix de l’urée au Moyen-Orient vers le golfe du Mexique, il s’est multiplié par plus de 3, passant d’environ 30 $ US/t à plus de 100 $ US/t.
Argus Media estime que, malgré ses quotas à l’exportation, Pékin rehaussera légèrement ses exportations d’engrais chaque année. La Chine a augmenté rapidement ses exportations d’ammoniac de 2025 à 2026 alors qu’au cours des cinq dernières années, elle était plutôt une importatrice nette de ce fertilisant. Les importations de chlorure de potassium (MOP) en 2026 ont été record, mais devraient reculer au cours des quatre années suivantes, tout en demeurant à un excellent niveau.
La Russie a augmenté ses exportations d’engrais, malgré les sanctions imposées par les pays occidentaux, selon Argus Media. Les exportations d’engrais russes se situaient à 36,3 millions de tonnes (Mt) d’engrais en 2021 et elles se sont élevées de 22 % en 2025 pour se situer à 44,2 Mt. Les exportations se sont accrues de 21 % pour les engrais potassiques à 14 Mt, de 20 % pour les engrais phosphatés à 12,5 Mt et de 24 % pour les engrais azotés.
La demande mondiale d’engrais devrait continuer de s’accroitre jusqu’en 2030, indique Argus Media. Cette demande pourrait augmenter de 8 % pour les engrais azotés, de 13 % pour les engrais phosphatés et de 9 % pour les engrais potassiques, pour les établir à respectivement 213 Mt, 66 Mt et 82 Mt.
Cet été, les grandes compagnies mondiales d’engrais ont publié leur second rapport trimestriel qui s’est avéré pour la plupart décevant aux yeux des investisseurs. Yara a dévoilé des bénéfices nets de 545 M$ US, par rapport à 413 M$ US l’an passé, mais inférieurs aux attentes à 574,2 M$ US. La compagnie explique cette performance par le report des achats d’engrais par les producteurs en raison du prix élevé des engrais dans un contexte de forte incertitude et de forte volatilité. Nutrien a publié des ventes de 10,81 G$ US, dépassant les attentes des analystes de 10,61 G$ US. Cependant, les bénéfices avant l’incidence des frais de financement, des impôts et de certaines charges comptables hors trésorerie se sont établis à 1,13 G$ US contre les anticipations de 1,17 G$ US. La compagnie s’attend à une demande croissante pour la seconde moitié de l’année dans un contexte de conditions économiques favorables pour les cultures dans plusieurs régions du monde, d’un faible inventaire en engrais et d’une prévision d’un taux d’application plus élevé. CF a divulgué un bénéfice net de 727 M$ US, comparativement à 386 M$ US l'an dernier, les prix élevés des engrais azotés ayant plus que compensé la diminution des volumes de vente. Selon CF, les prix sont revenus au niveau précédant le conflit en Iran, en raison d’un allègement de la demande dans l’hémisphère du nord à la suite des semis et d’un retour de la production au Moyen-Orient. Cependant, l’offre limitée devrait soutenir les prix. Mosaic a enregistré une perte nette de 273 M$ US comparativement à un bénéfice net de 411 M$ US l’an passé, causée par la hausse du coût du soufre et la réduction forcée de la production de phosphate. Le coût du soufre lors du deuxième trimestre s’estimait à 530 $ US/t alors qu’il est anticipé à 716 $ US/t livré au golfe du Mexique et pourrait être encore plus cher lors du quatrième trimestre.
Yara a débuté ses opérations de la plus grande usine de capture de carbone de l’Europe, située aux Pays-Bas, alors que les projets verts semblent s’être essoufflés au cours des dernières années dans cette industrie. L’usine capturera 800 000 tonnes de CO2 provenant de sa production d’ammoniac, qui sera transporté jusqu’en Norvège pour y être entreposées de façon permanente. Yara compte entreposer 12 Mt de CO2 d’ici 15 ans.
Les prix des engrais azotés ont chuté depuis le sommet atteint en avril, avant de se redresser légèrement en septembre. Tout indique que les prix auraient atteint un plancher et que désormais, ils pourraient repartir à la hausse. Les prix de l’urée et l’ammoniac anhydre demeurent plus élevés que ceux de l’an passé et de la moyenne des cinq dernières années, alors que ceux des solutions azotées (UAN 28 ou UAN 32) sont redevenus comparables à ceux de l’année précédente et de la moyenne quinquennale. Dans un contexte de guerre persistante en Iran, la tendance des prix est de neutre à haussier.
Depuis février, les prix des engrais phosphatés se sont lentement accrus, demeurant supérieurs à la moyenne des prix des cinq dernières années tout en se rapprochant des valeurs très élevées de l’an passé. Cette fermeté s’explique par la rareté du soufre sur les marchés mondiaux, une conséquence directe des perturbations logistiques liées au conflit en Iran. La situation pourrait même s’exacerber à la suite de réductions de la production et de l’arrêt complet de certaines usines d’engrais. Dans ce contexte, la tendance des prix reste haussière.
Les prix de la potasse sont demeurés relativement stables au cours des derniers mois. Contrairement aux marchés de l’azote et du phosphore, le potassium est jusqu’à présent peu affecté par les perturbations géopolitiques actuelles. En l’absence d’un choc majeur sur l’offre et la demande mondiale, la tendance des prix demeure neutre.
Tableau du prix des engrais
| $ CA/t | Septembre 2025 | Août 2026 | Septembre 2026 | Moyenne 5 ans | Graphique |
|---|---|---|---|---|---|
| DAP | 1 375 | 1 405 | 1 423 | 1 188 | Graphique |
| MAP | 1 403 | 1 468 | 1 490 | 1 263 | Graphique |
| MOP | 739 | 755 | 765 | 874 | Graphique |
| Urée | 942 | 1 003 | 1 037 | 908 | Graphique |
| 10-34-0 | 1 013 | 1 095 | 1 077 | 989 | Graphique |
| Ammoniac anhydre | 1 187 | 1 413 | 1 501 | 1 266 | Graphique |
| UAN 28 | 639 | 655 | 650 | 610 | Graphique |
| UAN 32 | 721 | 701 | 736 | 682 | Graphique |
Les prix sont exprimés en dollars canadiens par tonne métrique ($ CA/t).
Les prix représentent une offre FAB chez le distributeur.
Source : DTN
L’analyse se concentre sur les États-Unis ainsi qu'à l'international et les prix sont basés sur des prix américains convertis en dollars canadiens par tonne métrique. Ces prix peuvent ne pas refléter les prix au Québec en raison de plusieurs facteurs, dont l’offre de services inclus dans les prix aux producteurs. Ces prix doivent donc être utilisés à titre de référence seulement. L’objectif de cette publication vise à mesurer les tendances haussières ou baissières, ainsi que les valeurs relatives d’une saison à l’autre.