Tendances des prix du maïs et du soya au Québec - Mars 2020


Publié le: 25 mars 2020

Tendances des prix du maïs et du soya au Québec

(25 mars 2020)

Les informations publiées proviennent de sources réputées fiables. L’analyse est basée sur les informations disponibles et elle doit être utilisée à titre indicatif seulement. Les Producteurs de grains du Québec ne peuvent être tenus responsables d’éventuelles erreurs. Les opinions émises n'engagent pas la responsabilité des Producteurs de grains du Québec quant aux décisions des lecteurs.

 

Bourse 24 fév. 2020
24 mars 2020
Variation ($) Variation (%)
Contrat maïs mai 2020 ($ US/bu) 3,7625 3,4725 -0,2900 -7,7
Contrat soya mai 2020 ($ US/bu) 8,8250 8,8675 0,0425 0,5
Prix du soya/Prix du maïs 2,37 2,55    
Contrat maïs décembre 2020 ($ US/bu) 3,8225 3,6525 -0,1700 -4,4
Contrat soya novembre 2020 ($ US/bu) 9,05 8,7500 -0,3000 -3,3
Prix du soya/Prix du maïs 2,37 2,40    
Taux de change ($ US /CA) 0,7524 0,6903 -0,0621 -8,3

 

Marché local du maïs (FAB ferme) Semaine du 13 janv. 2020
Semaine du 17 févr. 2020
 Semaine du 16 mars 2020
Base livraison immédiate ($ CA/bu) 2,28 2,22 2,52
Base livraison immédiate ($ US/bu) 0,84 0,74 0,73
Prix livraison immédiate ($ CA/t) 241 237  235
Base livraison récolte 2021 ($ CA/bu) 1,52 1,50 1,77
Base livraison récolte 2021 ($ US/bu) 0,25 0,18 0,15
Prix livraison récolte 2021 ($ CA/t) 215 212 212 

 

Marché local du soya (FAB ferme) Semaine du 13 janv. 2020
Semaine du 17 févr. 2020
 Semaine du 16 mars 2020
Base livraison immédiate ($ CA/bu) 2,92 3,16 3,72
Base livraison immédiate ($ US/bu) 0,06 0,19 -0,04
Prix livraison immédiate ($ CA/t) 449

444

448 

 

 

Le marché des grains traverse une période de très grande incertitude en raison de la pandémie de la Covid-19. Malgré tout l'inconnu entourant ce virus et sa propagation, deux constats s’imposent : 1) La crise ne sera pas résolue rapidement. Le pic de l’épidémie n’est pas encore atteint en Amérique du Nord, les mesures draconiennes prises par les pouvoirs publics pourraient perdurer plusieurs semaines, et le retour à la normale ne se fera que très progressivement par la suite; 2) Les impacts économiques et financiers de la pandémie seront majeurs. Les Bourses et les monnaies mondiales ont déjà dégringolé. Malgré les mesures exceptionnelles prises par les banques centrales et les gouvernements pour atténuer le choc, l'arrêt presque complet de l’économie mondiale est une situation sans précédent qui est en train de provoquer une récession, d’autant plus forte que l’arrêt sera long. Le Canada pourrait être frappé de plein fouet en raison de la chute libre du prix du pétrole, qui a été aggravée par la guerre des prix entre l’Arabie Saoudite et la Russie. Cependant, il n’y a pas de corrélation entre les cycles économiques et le marché des grains. Ce dernier est ultimement régi par les éléments fondamentaux de l’offre et de la demande.

 

Cela dit, le grain a la chance d’être une denrée essentielle, indispensable : quoiqu’il arrive, les gens vont manger, et il faudra nourrir les cochons. Par conséquent, c’est un secteur jugé essentiel par le gouvernement, qui essaie de ne pas entraver la logistique. Il n’en demeure pas moins que le risque est nettement accru, et il pourrait revêtir de multiples formes. Deux exemples : 1) La Bourse de Chicago continue d’opérer normalement, mais elle pourrait être contrainte de fermer à un moment donné; 2) L’absentéisme au travail pourrait devenir un enjeu pour les secteurs essentiels – si des camionneurs ou des chefs de train ne se présentent pas au travail par crainte du virus, la logistique s’embourbera.

 

Maintenant, concentrons-nous sur les faits connus et leur incidence. Les taux de change sont en pleine crise – dans les moments de panique, les marchés courent vers les valeurs refuges, la première étant le dollar américain. Le huard a perdu plus de 8 % de sa valeur en quelques jours, il peine à se maintenir à 0,69 $ US au moment d’écrire ces lignes. Cette chute nous est favorable en augmentant les bases locales.

 

Par contre, le réal brésilien a dégringolé de près de 27 % depuis le début de l’année vis-à-vis du dollar américain, ce qui rend les grains du Brésil extrêmement compétitifs sur le marché mondial. À des degrés divers, le même raisonnement s’applique à l’Argentine ou à la Russie, de grands exportateurs de grains. Si les exportations américaines ralentissent, la Bourse de Chicago chutera.

 

Les médias ont fait état de la ruée des ménages vers les épiceries, des achats massifs de farine et de pâtes. Ce mouvement de panique ne fait que devancer et gonfler la demande immédiate aux dépens des achats ultérieurs; il ne change rien à la consommation globale. Certes la nature de celle-ci est modifiée : on a une hausse marquée des repas pris à domicile, qui est contrebalancée par la dégringolade de la demande institutionnelle (restaurants, hôtels, cafétérias, etc.).

 

Pour ce qui est du marché des grains, l’USDA a annoncé que le rapport des intentions d’ensemencement devrait être publié comme prévu le 31 mars. On s’attend à de fortes augmentations des superficies de maïs et de soya puisque celles-ci avaient été réduites l’an passé en raison des conditions climatiques. Dans le scénario de production publié lors de la conférence Outlook en février, l’USDA projetait 94 millions d’acres (Ma) de maïs et 85 Ma de soya. Ce rapport mettra la table pour 2020-2021.

 

Aux États-Unis, l’industrie de l’éthanol est présentement très déficitaire avec la dégringolade du prix du pétrole et la chute de la demande provoquée par le confinement des populations. Le marché s’attend à une baisse de la production d’éthanol qui se traduirait par une diminution de la production de drêche de distillerie et, par conséquent, par une hausse de la demande pour le tourteau de soya. Par ailleurs, les exportations de tourteau de l’Argentine, premier exportateur mondial, sont actuellement ralenties par des grèves et des problèmes logistiques dus au coronavirus.

 

Malgré la pandémie, il faut noter que la Chine a commencé à respecter les engagements pris dans le cadre de la phase 1 de l’entente commerciale sino-américaine, signée le 15 janvier et entrée en vigueur le 14 février, et ce pour les différents volets agroalimentaires. Les achats chinois de grains américains ont repris (maïs, blé, soya, sorgho). À ce jour, la Chine n’a pas utilisé la crise du coronavirus pour se défiler.

 

Par contre, il n’y a toujours pas de déblocage dans la guerre commerciale sino-canadienne. La Chine a levé l’embargo sur le porc canadien, mais elle avait besoin de notre viande en raison de la peste porcine africaine. Les exportations de canola à destination de la Chine sont toujours interrompues, alors que les ventes de tourteau et d’huile de canola se poursuivent. Les autres grains canadiens ne sont pas officiellement visés par ce conflit, mais la Chine n’achète quasiment plus de soya canadien.

 

Le battage de la récolte brésilienne de soya se poursuit. Une production abondante est assurée et un nouveau record pourrait être établi. Mais contrairement à 2019, la moisson n’est pas hâtive. Ce n’est pas un problème pour la fève, mais les semis de la deuxième récolte de maïs (safrinha) ont été retardés, ce qui augmente le risque relié au rendement.

 

SCÉNARIOS DES PRIX :

Ancienne récolte : neutre puis baissier, volatil

 

Quand on observe le marché local pour une livraison rapprochée et que l’on compare la période d’avant la pandémie avec celle d’après, il est frappant de constater que les prix au comptant ont très peu varié, aussi bien pour le maïs que pour le soya. Les contrats à terme du maïs ont perdu 7,7 % de leur valeur depuis le 24 février, et les bases en dollars américains se sont effritées pour les deux grains. Mais ces deux mouvements baissiers ont été contrecarrés par la remontée des bases en dollars canadiens, qui reflète non seulement la dépréciation du huard, mais aussi le fait que le marché local demeure très serré. La petite récolte de maïs de l’an passé a provoqué un déficit qui ne semble toujours pas comblé. Les importations du maïs et de sous-produits ont été retardées par la grève du CN à l’automne, puis par les blocages ferroviaires en janvier et février. D’ailleurs, l’USDA a confirmé, lors de la conférence annuelle Outlook, la piètre qualité du maïs américain dans plusieurs États du Nord, avec un poids spécifique bas. Les importateurs qui veulent acheter un bon grade 2 pour le mélanger au grain local doivent se tourner vers le Midwest, ce qui implique un coût de transport plus élevé. Et en tonnage, les importations ferroviaires ne peuvent pas rivaliser avec les laquiers. De plus, la réouverture des Grands Lacs a été reportée au 1er avril en raison du niveau des eaux. Quant au soya, les problèmes logistiques semblent avoir limité les importations de tourteau.

 

Cependant, le marché local pourrait se retrouver sous pression par la suite. L’arrivée au Québec des bateaux américains de maïs coïncidera avec la période des semis. Si les ensemencements ont lieu dans des conditions favorables chez nos voisins et au Québec, les producteurs pourraient accélérer leurs ventes de grains de l’ancienne récolte, et les contrats à terme pourraient fléchir. Le huard ayant déjà fortement chuté, il est difficile de croire que la Banque du Canada le laissera dégringoler beaucoup plus (mais rien n’est impossible dans le contexte actuel).

 

Pour ce qui est de la nouvelle récolte, il y a présentement beaucoup d’incertitude. Si on regarde la Bourse de Chicago, le contrat du maïs de décembre montre actuellement une appréciation d’environ 0,16 $/bu par rapport au contrat courant; pour le soya, par contre, le contrat de novembre est d’environ 0,10 $/bu en dessous du contrat courant. Mais ces signaux doivent être remis dans notre contexte local. On a eu une petite récolte de maïs en 2019 et de qualité médiocre – si les conditions sont normales cette année, on devrait avoir un rebond de la production. On aura une idée un peu plus claire dans trois ou quatre semaines avec les rapports des intentions d’ensemencement aux États-Unis et au Canada, et le début des semis. Comme d’habitude, la météo aura le dernier mot pour ce qui de l’offre de grains. Les producteurs sont donc appelés à être particulièrement vigilants dans leurs décisions de commercialisation. En cas de doute et d’incertitude, ce qui définit bien la situation actuelle, la diversification des options de commercialisation pour gérer le risque est plus que jamais nécessaire.

 

 

 

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