Tendances des prix du maïs et du soya au Québec - Mai 2020


Publié le: 25 mai 2020

Tendances des prix du maïs et du soya au Québec

(25 mai 2020)

Les informations publiées proviennent de sources réputées fiables. L’analyse est basée sur les informations disponibles et elle doit être utilisée à titre indicatif seulement. Les Producteurs de grains du Québec ne peuvent être tenus responsables d’éventuelles erreurs. Les opinions émises n'engagent pas la responsabilité des Producteurs de grains du Québec quant aux décisions des lecteurs.

 

Bourse 22 avril 2020
22 mai 2020
Variation ($) Variation (%)
Contrat maïs juillet 2020 ($ US/bu) 3,2475 3,1800 -0,0675 -2,1
Contrat soya juillet 2020 ($ US/bu) 8,4250 8,3325 -0,0925 -1,1
Prix du soya/Prix du maïs 2,59 2,62    
Contrat maïs décembre 2020 ($ US/bu) 3,3675 3,3275 -0,0395 -1,2
Contrat soya novembre 2020 ($ US/bu) 8,4650 8,4450 -0,0200 -0,2
Prix du soya/Prix du maïs 2,51 2,54    
Taux de change ($ US / $ CA) 0,7052 0,7136 0,0084 1,2

 

Marché local du maïs (FAB ferme) Semaine du 16 mars 2020
Semaine du 20 avril 2020
 Semaine du 18 mai 2020
Base livraison immédiate ($ CA/bu) 2,52 2,37 2,15
Base livraison immédiate ($ US/bu) 0,73 0,75 0,65
Prix livraison immédiate ($ CA/t) 236 218  211
Base livraison récolte 2021 ($ CA/bu) 1,77 ND 1,64
Base livraison récolte 2021 ($ US/bu) 0,15 ND 0,25
Prix livraison récolte 2021 ($ CA/t) 212 ND 196

 

La Bourse de Chicago a repris son souffle : elle a un peu fléchi au cours des 4 dernières semaines, mais la baisse a été beaucoup plus modeste qu’au cours des 4 semaines précédentes. L’USDA a émis les premières prévisions pour l’année récolte 2020-2021. À priori, les offres et demandes dressent un portrait baissier, particulièrement pour le maïs. La production américaine est projetée atteindre un niveau record de 16 milliards de boisseaux (Gbu), soit une hausse de 17,1 % par rapport à l’an passé, et les stocks sont prévus bondir de 2,1 Gbu en 2020 à 3,32 Gbu en 2021, le niveau le plus élevé depuis 1987-1988. Le prix moyen FAB ferme est projeté baisser de 0,40 $/bu pour s’établir à 3,20 $/bu. Pour le soya, la récolte américaine est prévue croître de 16 % pour s’établir à 4,12 Gbu. Malgré cela, les inventaires passent de 580 millions de boisseaux (Mbu) en 2020 à 405 Mbu en 2021. Le prix moyen est prévu fléchir de 0,30 $/bu pour s’établir à 8,20 $/bu.

 

En fait, les prévisions reflètent un certain optimisme de la part de l’USDA. En effet, la demande américaine de maïs pour l’alimentation animale est prévue atteindre 6 050 Mbu, contre 5 700 Mbu pour l’année courante et 5 430 Mbu en 2018-2019. La demande pour l’éthanol va grimper de 250 Mbu pour s’établir à 5 200 Mbu, soit un niveau proche de celui de 2018-2019. Finalement, les exportations vont bondir de 375 Mbu pour atteindre 2 150 Mbu. En d’autres termes, la situation de la production animale et la demande d’énergie vont revenir à la normale dès le début de la nouvelle année récolte en septembre : les abattoirs fonctionneront à pleine capacité et la circulation automobile remontera aux niveaux d’avant la pandémie. Et les États-Unis reprendront une grande part du marché mondial qu’ils ont perdue en 2019-2020, et ce malgré une autre production record au Brésil de 101 Mt et un réal brésilien qui se dévalue constamment vis-à-vis du dollar depuis le début de l’année. Pour le soya, les exportations américaines vont rebondir de 375 Mbu pour atteindre 2 050 Mbu en 2020-2021. Les importations chinoises vont totaliser un niveau record de 96 millions de tonnes (Mt), contre 92 Mt pour l’année en cours et 82,5 Mt l’an passé. En d’autres termes, la Chine va éradiquer la peste porcine africaine et reconstituer son cheptel, la demande des consommateurs sera au rendez-vous, et Beijing respectera ses engagements d’achats de grains américains selon la phase 1 de l’entente commerciale. Le scénario de l’USDA est tout à fait possible, mais des doutes subsistent quant à sa plausibilité.

 

Les semis du maïs et du soya sont très rapides aux États-Unis: au 17 mai, ils étaient complétés à 80 % pour le maïs (versus la moyenne de 67 %), à 53 % pour le soya (vs 38 %) et à 60 % pour le blé de printemps (80 %). Donc 80 % du maïs a été semé dans la période idéale. Certes, la corrélation entre la date des semis et le rendement final du maïs n’est pas très forte mais les prévisions météo sont favorables, tant à court terme qu’à long terme. De bonnes pluies et des températures chaudes sont anticipées dans l’ensemble du Midwest jusqu’à la fin mai. Selon les prévisions à long terme de l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA), le Midwest devrait recevoir des pluies supérieures à la normale et bénéficier d'une température normale pour la période de juin à août.

 

Plusieurs analystes ont évoqué la possibilité que les producteurs américains sèment moins de maïs et plus de soya que les intentions d’ensemencement en raison de la baisse boursière. Cependant, la pluie de milliards de dollars en aides et programmes de soutien de toutes sortes continue pour les agriculteurs américains. La Maison-Blanche a dévoilé un nouveau programme de soutien agricole pour les pertes liées à la COVID-19. Les cultures admissibles sont les suivantes : maïs, soya, canola, orge brassicole, avoine, coton, sorgho, millet, tournesol, le blé durum et le blé roux de printemps. Le producteur agricole américain est de plus en plus à l’abri des aléas du marché, et ses intentions d’ensemencement sont donc de moins en moins déterminées par le prix du marché. Par conséquent, il est fort probable que les semis n’aient pas été affectés par la chute boursière du maïs des dernières semaines alors que le contrat courant a frôlé 3 $/bu, et que les producteurs américains aient bel et bien semé 97 millions d’acres de maïs.

 

Malgré la reprise des achats chinois de grains américains, la lenteur des exportations américaines persiste : les ventes cumulées de maïs et de soya pour l’année en cours accusent toujours un retard important par rapport à l’an passé, de l’ordre de 7,86 millions de tonnes (Mt) pour le maïs et de 4,26 Mt pour la fève.

 

Après s’être effondrée de 50 %, la production d’éthanol se redresse progressivement aux États-Unis, mais elle demeure bien en deçà de la normale. Au 20 mai, la production hebdomadaire atteignait 663 000 barils/jour, en hausse de 46 000 barils/jour, alors que la normale était d’1 million de barils/jour. Les inventaires ont poursuivi leur baisse et se sont établis à 23,6 millions de barils, en diminution de 564 000 barils. Avec le déconfinement qui commence à se généraliser, l’activité économique et la demande d’énergie reprennent de la vigueur. Mais on est encore loin d’un retour à la normale. Ce dernier prendra plus ou moins du temps dépendamment de l’évolution de la pandémie et de la sévérité des dommages économiques causés par celle-ci.

 

Statistique Canada a publié les intentions d'ensemencement avec 2 semaines de retard. Voici les chiffres pour le Québec, avec les variations relatives par rapport à l’an passé : 393 400 ha de maïs (+2,8 %), 360 300 ha de soya (-1,7 %), 95 900 ha de blé (+4,7 %), 82 300 ha d’avoine (+12 %), 53 700 ha d’orge (+8,5 %) et 8 100 ha de canola (-33,1 %).

On peut faire trois observations:

1) Il y a une hausse des superficies du maïs et des céréales aux dépens des oléagineux, le soya et le canola. Ceci est dû aux bons prix des céréales en 2019-2020 ainsi qu’aux bonnes perspectives de prix pour l’an prochain.

2) La superficie du blé atteint un niveau record. La demande est très soutenue, particulièrement pour l’alimentation animale – les meuneries n’hésitent pas à payer un prix souvent très proche, parfois même équivalent à celui des minoteries pour assurer leur approvisionnement.

3) Les superficies cumulées des 6 principaux grains s’établissent à 993 700 ha, soit 17 800 ha de plus que l’an passé.

 

On peut faire des constats similaires pour l’Ontario : la superficie ensemencée du maïs est prévue atteindre un niveau record de 931 600 hectares (ha), en hausse de 4,5 % par rapport à l’an passé, et celle du blé bondit de 14,4 % pour s’établir à 508 800 ha. Par contre, la superficie du soya chute de 7,2 % à 1,17 million d’hectares (Mha). Pour le Canada, les superficies sont estimées à 10,35 Mha de blé (+2,2 %), 8,34 Mha de canola (-1,7 %), 2,93 Mha d’orge (-2,3 %), 2,11 Mha de soya (-8,7 %), 1,54 Mha de maïs (+2,7 %) et 1,55 Mha d’avoine (+6,2 %). La superficie du soya diminue pour une troisième année consécutive, après avoir atteint un sommet de presque 3 Mha en 2017. Cela est dû à la dégringolade des superficies dans l’Ouest canadien à la suite de 3 mauvaises récoltes d’affilée, et ce principalement au Manitoba – la culture du soya qui avait démarré en force a presque disparu en Saskatchewan.

 

Après de sévères perturbations dues à des éclosions de Covid-19, la cadence des abattoirs et des usines de transformation de viande s’améliore en Amérique du Nord mais elle demeure en dessous de la normale. La demande des consommateurs n’est pas encore revenue aux niveaux d’avant la crise. Pour la volaille, au Canada, on parle d’une baisse de 12 %, alors qu'il s'agit d'une viande peu chère. Le pouvoir d’achat des ménages est en baisse malgré la Prestation canadienne d’urgence. On observe une hausse marquée des achats de quatre catégories de produits qui rassasient à bas prix : les conserves, la farine, les pâtes et les œufs.

 

L’estimation de la production de la deuxième récolte de maïs au Brésil devra être revue à la baisse. Le rendement sera médiocre en raison du déficit hydrique qui affecte la majorité des régions. Mais comme la superficie ensemencée s’est accrue de 7 % cette année pour atteindre un niveau record, la production brésilienne sera élevée malgré tout, probablement autour de 95 Mt contre 101 Mt l’an passé. Le surplus pour l’exportation sera donc réduit mais demeurera très important.

 

Le huard a dégringolé en dessous de 69 cents US au plus fort de la crise en mars, mais il s’est quelque peu raffermi depuis, repassant au-dessus de 71 cents US.

 

 

SCÉNARIO DES PRIX :

  • Maïs : baissier
  • Soya : neutre à baissier

 

Le scénario des prix est inchangé ce mois-ci. Au Québec, les prix et les bases du maïs pour livraison immédiate ont baissé au cours des 4 dernières semaines, le marché local ne semble plus serré. Les livraisons de maïs au plan conjoint demeurent très lentes. D’octobre 2019 à avril 2020, elles ont totalisé seulement 1,54 Mt contre la moyenne quinquennale de 1,9 Mt. Ce retard reflète 3 facteurs : une petite production; une demande au ralenti, particulièrement en ce qui a trait à l’éthanol avec l’usine de Varennes qui tourne au ralenti depuis mars; et des importations de maïs américain.

 

Le huard à 71 cents US nous sauve la mise. Malgré tout, le portrait global est baissier, surtout pour le maïs. En effet, on prévoit des superficies quasi records aux États-Unis et des doutes persistent quant au retour à la normale de la demande en 2020-2021. Le portrait est moins négatif pour la fève, qui bénéficie d’une bonne demande pour la trituration. L’inconnue demeure les importations chinoises puisque celles-ci relèvent de décisions politiques.

 

C’est trop tôt pour tirer la sonnette d’alarme mais le mois de mai a été très sec au Québec. Cela a permis des semis hâtifs mais le déficit hydrique se creuse dans plusieurs régions clés, dont la Montérégie et le Centre du Québec. Le problème est que les prévisions météo ne sont guère encourageantes pour les prochains jours, avec du temps chaud et peu de précipitations.

 

 

 

 

 

 

 

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