L'Éditorial des marchés - 28 mai 2020

L'Éditorial des marchés

V, U, W ou L?

Par : Ramzy Yelda, analyste principal des marchés, PGQ

 

Lorsque l’épidémie du coronavirus s’est clairement transformée en pandémie de la Covid-19 au début de mars, la série des confinements en cascade à travers les pays a entraîné une situation sans précédent : l’arrêt brutal de l’économie mondiale. Il était évident que nous étions en train de plonger dans une récession économique. Les deux questions étaient de savoir l’intensité et la durée de celle-ci. Les économistes ont très vite réalisé que la récession allait être brutale mais les opinions divergeaient quant à sa durée.

 

Les analystes les plus optimistes ont dit que la récession serait brutale mais brève, en forme de V. Certes, l’activité économique allait chuter à de très bas niveaux et le chômage grimper en flèche, mais l’économie allait vite redécoller après un confinement assez court – le retour à la normale serait rapide, dès le 3e trimestre de 2020. D’une part, ce scénario supposait que la pandémie serait vite contrôlée, soit par la découverte d’un vaccin ou d’un médicament, ou même par la disparition naturelle du virus. D’autre part, les mesures budgétaires prises par les gouvernements (baisse des taux d’intérêts, dépenses publiques massives etc.) contrebalanceraient les impacts sociaux- économiques de la Covid-19.

 

D’autres économistes, moins optimistes, ont prédit une récession en forme de U, ou de W. Dans le scénario en U, la chute brutale de l’activité économique serait suivie d’une période de stagnation, avant le retour à la normale. En d’autres mots, le contrôle de la pandémie prendrait du temps mais la situation reviendrait à la normale au 4e trimestre de 2020 grâce à un vaccin ou un médicament, d’une part, et aux mesures budgétaires de relance, d’autre part. Le scénario en W était plus pessimiste. La reprise économique connaitrait une rechute en raison de retards dans le contrôle de la pandémie, menant possiblement à une 2e vague d’éclosions. Donc le retour à une activité économique normale prendrait du temps, avec des hauts et des bas, mais on y arriverait pendant la 1ère moitié de 2021.

 

Finalement, il y avait le groupe des économistes pessimistes avec un scénario en L : la chute brutale de l’économie serait suivie d’une longue stagnation. La pandémie ne serait pas contrôlée pendant un long moment, et donc il n’y aurait pas de retour à la normale en 2020, ni même en 2021, et ce malgré les efforts des gouvernements.

 

Trois mois plus tard, un constat s’impose : il semble de plus en clair que nous sommes dans un scénario en L. Un vaccin ou un médicament ne seront pas disponibles avant la 2e moitié de 2021, au plus tôt; et le risque d’une 2e vague d’éclosions sera omniprésent. On va donc devoir apprendre à vivre avec les séries de contraintes imposées par la Covid-19, et cette nouvelle normalité a un coût économique pharamineux. Ce coût deviendra plus clair cet automne lorsque les faillites des entreprises se multiplieront et que les mises à pieds temporaires deviendront permanentes. Quant aux dépenses illimitées des gouvernements, l’endettement à outrance frappera un mur l’an prochain lorsque les agences de crédit commenceront à abaisser les cotes de crédit des pays. Après la solvabilité des ménages et des entreprises en 2020, le vrai défi en 2021 sera celle des états…

 

 

 


De temps à autre, au gré des besoins et de l’actualité, j’écrirai un éditorial sur un sujet touchant la commercialisation des grains. Cet éditorial reflètera une opinion personnelle qui ne sera pas nécessairement représentative de la position officielle des Producteurs de grains du Québec.

 

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