Le mot du président - AGA 2019

Allocution de M. Christian Overbeek, président des Producteurs de grains du Québec - AGA 2019

Bonjour à tous.

Je tiens d'abord à remercier le groupe Tam-Tam pour leur éloquente présentation de la toute première campagne de valorisation de la production de grains au Québec. Cette orientation a été convenue au sein du conseil d'administration à la suite de la dernière assemblée annuelle. Nous avions quelques appréhensions au début étant donné l'implication financière que représente une telle campagne, mais il importe avant tout de faire comprendre à notre clientèle et à l'ensemble des citoyens, les éléments qui animent notre production. Trop de gens ne nous connaissent pas, ne connaissent pas notre production et encore moins nos façons de faire.

Nous en sommes au premier jet; une prochaine campagne suivra à l'automne. Le projet s'échelonnera sur trois ans et nous comptons durant ce temps nous assurer que les dollars et l'énergie qui y seront investis rapportent de façon positive et corrigent l'image de la production de grains au Québec.

En cette ère où l'université Facebook nous apprend toutes sortes de choses basées sur une certaine forme de réalité pas toujours issue de la science, tenter de contrer point par point ce qui relève de la fausseté s'avère une mission impossible. Nous optons donc pour une campagne positive et solidaire avec les producteurs de grains.

Nous sommes plus de 10 000 producteurs et productrices de grains qui avons différentes façons de faire selon les espèces que l'on produit et les marchés que l'on vise. Une fois que la société en aura pris conscience, elle sera mieux en mesure de reconnaître nos efforts. Les gens doivent entre autres prendre conscience des raisons rattachées à l'utilisation des différents intrants. Certains marchés exigent un grain de toute première qualité et, malheureusement, la nature n'y souscrit pas assez souvent.

Je pense que le ministère de l'Agriculture du Québec a un rôle clé à jouer dans cette quête de vérité, en étant un lieu d'information reconnu par tous comme respectueux de la réalité.

Sur une autre note, j'ai le plaisir de vous présenter les membres du comité exécutif. Je vous annonce d'emblée qu'aucun changement n'a eu lieu en son sein cette année. Il demeure donc composé de :

  1. Sylvain Pion, 1er vice-président
  2. Gilles Brisson, 2e vice-président
  3. Alain Gervais, 1er membre de l'exécutif
  4. Pierre Murray, 2e membre de l'exécutif

De plus, nous continuons de retenir les services de représentation de M. William Van Tassel auprès des différentes organisations canadiennes.

Autre point fondamental maintenant : les budgets issus du ministère de l'Agriculture. Vous le savez, les sommes versées aux producteurs de grains en complément de revenu de marché sont insuffisantes et les programmes de soutien aux investissements ne leur permettent pas toujours de demeurer compétitifs.

J'ai eu l'occasion de lire un petit document qui émanait du Ministère, où l'on se targuait de soutenir l'agriculture de façon modulée dans les régions extérieures aux principaux centres de production, en complétant le revenu du marché à hauteur de 12 % plutôt qu'à 6 % dans les plaines du Saint-Laurent. Mais est-ce suffisant? Le simple fait de doubler la mise ne résout pas automatiquement toutes les difficultés d'exploitation particulières à ces régions.

Nous aurons l'occasion de tracer un portrait des besoins de ces régions au cours de la prochaine année en regard du modèle d'assurance stabilisation, lequel démontrera probablement des réalités bien différentes de la perception actuelle.

En ce qui concerne les programmes du ministère de l'Agriculture, la majeure partie des budgets disponibles sont consacrés au seul programme de crédit de taxes foncières. On reçoit plus d'aide via ce programme que de soutien financier pour nous accompagner dans des projets de développement de nos entreprises.

D'autre part, il semblerait que la correction de la taxation foncière ne soit pas priorisée par le gouvernement actuel. Un remboursement de 85 % des taxes sur la portion fond de terre pour une évaluation de 4 000 à 8 000 $ l'hectare me semble relativement tolérable. Mais si l'on doit payer 15 % d'une évaluation à 40 000 $ l'hectare, cela représente une somme exorbitante. Nous devrons donc remettre du temps, de l'énergie et de la pression vis-à-vis du ministre de l'Agriculture, du ministère des Affaires municipales et du ministère des Finances afin d'obtenir une réglementation raisonnable en matière de taxation foncière.

Du côté de La Financière agricole du Québec, les surplus accumulés au Programme d'assurance récolte – grâce aux cotisations des producteurs et aux compensations qu'ils n'ont pas reçues malgré les dérives climatiques et les difficultés qu'elles engendrent – se situent autour de 300 millions de dollars.

Nous avons donc demandé à ce que cette somme nous permette d'accéder à de meilleures couvertures, mais La Financière préfère baisser les primes.

De plus, La Financière aurait accumulé des surplus de quelque 800 millions ces dernières années, sauf qu'en fin d'année d'exercice, les surplus non investis en agriculture appartiennent désormais au Trésor québécois.

Il est aussi question d'amputer le budget de La Financière de 50 millions par année, somme qui devait être réservée à différents programmes, pour la relève, le financement, l'accompagnement en investissement… Ces millions seraient dorénavant investis dans différents projets dilués dans l'ensemble de l'agriculture québécoise.

Nous devrons donc une fois de plus débattre plusieurs points en matière de sécurité de revenu auprès des autorités gouvernementales.

Pour ce qui est des exportations, la production de grains connaît plusieurs difficultés. L'Inde ne s'est pas révélée très intéressée à nos légumineuses, qui dérangeraient sa production intérieure, et la production de soya américain a été touchée par une taxe à l'importation qui a affaibli notre commerce avec l'Europe.

On peut se rabattre sur certains pays asiatiques, mais ceux-ci ont des coutumes de négociation qui nous placent sur un terrain incertain.

Quant à notre canola, il semblerait dernièrement que celui exporté en Chine était rempli de maladies, alors qu'on le qualifie de meilleur au monde et que la Commission canadienne des grains assure qu'il est exempt de tout parasite.

Nous faisons les représentations nécessaires auprès des différentes autorités gouvernementales afin de leur faire comprendre les impacts qu'ont ces difficultés d'exportation sur le marché des grains et les inciter à accompagner l'industrie. Car si l'on en vient à réduire la production de certaines denrées au profit d'autres espèces végétales, cela créera une pression à la baisse sur les prix des cultures qui sont en augmentation de superficie, et personne ne sera gagnant. Dans un marché bien régulé, il se crée un équilibre dans les rotations que l'on exerce dans nos entreprises, et lorsqu'il y a distorsion dans ces rotations, cela ne touche pas que les espèces concernées, mais l'ensemble de la production agricole.

En ce qui concerne le Centre de recherche CÉROM, dans la dernière année, son conseil d'administration a travaillé extrêmement fort à la mise à jour de sa gouvernance, en collaboration avec le ministère de l'Agriculture et de différents consultants. Le travail se poursuivra encore pendant une dizaine de mois, et je vous dirai qu'à la fin de l'exercice, la gouvernance au sein du CÉROM sera un modèle d'exemple pour la société tout entière.

Le mépris exprimé par certains journalistes vis-à-vis du Centre de recherche a fait mal à l'ensemble du conseil d'administration, de la direction et des ressources humaines de l'organisation; des gens qui se faisaient une fierté de répondre aux besoins de nouvelles connaissances des producteurs de grains.

Leur travail quotidien a été remis en question par des individus qui ne connaissent pas le milieu de la recherche. Il est impossible de faire de la recherche de façon valable sans être à l'écoute ce qui se passe autour. Pour ce faire, il est normal que des gens de différentes sphères d'un secteur conviennent ensemble des orientations à adopter pour l'amélioration et la performance de ce secteur.

Je souhaite ardemment que l'ensemble des dénigreurs qui ont pris position contre le CÉROM participent à la prochaine assemblée annuelle du Centre et qu'ils puissent constater les réalités qui l'animent.

La société devra comprendre que les activités qui ont lieu au sein du Centre de recherche sont d'une très grande importance pour les producteurs de grains et qu'ils profitent à l'ensemble de la filière, incluant le consommateur.

À la mi-avril, le CÉROM accueillera une nouvelle directrice générale permanente. D'ici là, je tiens à saluer l'ensemble des efforts et du travail de M. Pierre Fréchette, directeur par intérim, au cours de la dernière année. 

Mon dernier point nous concerne, nous directement, les producteurs de grains. Qui sommes-nous, individuellement, au sein de la société? Une goutte dans l'océan. Mais travailler ensemble au sein d'une communauté que l'on nomme aujourd'hui Producteurs de grains du Québec donne la chance à chaque réalité individuelle d'aller plus loin et de mieux faire face aux différentes attaques ou fausses perceptions qui lui sont destinées. Nous avons le devoir de demeurer solidaires, de poursuivre notre travail ensemble et d'enseigner nos réalités, nos obligations, à notre entourage. 

Les PGQ travaillent aussi à l'intérieur de différents groupes, comme le Groupe de concertation, qui connaît d'ailleurs un nouvel élan, avec un soutien financier du ministère de l'Agriculture et une augmentation de la cotisation de chacun de ses membres, lesquels réalisent l'importance de travailler ensemble.

Hier, vous avez eu droit à des présentations de plusieurs organisations au sein desquelles les Producteurs de grains se sont investis. Aller frapper à la porte d'Ottawa comme Producteurs de grains du Canada (PGC) a plus de poids que de s'y présenter en tant que Producteurs de grains du Québec. Les PGC représentent un nombre important de producteurs de grains et sont reconnus à l'échelle canadienne. C'est la raison pour laquelle nous avons pris la décision de réintégrer les Producteurs de grains du Canada l'an passé, en espérant qu'à Ottawa, on saura témoigner d'une certaine ouverture.

Différents groupes ont obtenu des financements qui allaient au-delà des budgets préalablement accordés par Agriculture et Agroalimentaire Canada. Les autres secteurs en difficulté sont en droit de recevoir une aide équivalente. Le gouvernement fédéral doit faire preuve d'équité et je crois qu'il n'aura d'autre choix que d'agir en ce sens.

En terminant, je vous confirme la présence du ministre Lamontagne cet après-midi à 15 h pour une brève allocution. Il répondra ensuite à quelques questions. Une certaine fermeté est de mise, mais je vous inviterais à demeurer polis, ne serait-ce que pour s'assurer d'une prochaine visite.

Là-dessus, je vous souhaite une excellente année 2019 et de la vivre sous le sceau de la santé et de la sécurité au travail. Ces dernières années, nous avons fait quelques campagnes visant à protéger nos poumons et à éviter les accidents de travail. Cette année, nous mettons l'accent sur la protection vis-à-vis de l'utilisation des pesticides. Je souhaite à tous qu'on puisse se jaser tout le long de l'année, et surtout se revoir en bonne santé en 2020 et dans les années à venir. Merci.

 

Christian Overbeek
Président

le 29 mars 2019