AGA 2018 : allocution de M. Christian Overbeek, président

 

Bonjour à tous. J'aimerais maintenant vous adresser quelques mots.

Dans un premier temps, je veux vous faire part de la nouvelle composition du comité exécutif :

  1. Sylvain Pion, 1er vice-président
  2. Gilles Brisson, 2e vice-président
  3. Alain Gervais, 1er membre de l'exécutif
  4. Pierre Murray, 2e membre de l'exécutif

Le secteur des grains est extrêmement important dans l'industrie agroalimentaire québécoise. On parle de plus de 11 000 producteurs et productrices et d'un peu plus d'un million d'hectares en termes de superficie, soit plus de 50 % des superficies cultivées au Québec. On peut donc dire que les producteurs de grains occupent la première place en ce qui a trait aux activités de production végétale au Québec, ce qui correspond à 1,3 milliard en valeur de grain par année.

Nous faisons partie des trois premières productions agricoles en importance au Québec; le secteur laitier est en tête et les secteurs du porc et des grains s'échangent les deuxième et troisième places au gré des saisons et des années.

Je me fais un devoir de le rappeler lors de chaque rencontre avec des représentants du gouvernement ou de différentes organisations, et généralement les gens sont étonnés. Ce n'est pas comparable à la situation agricole des années 1950, 1960 ou 1970. La production de grains du Québec s'est perfectionnée, professionnalisée, en fonction des nouvelles découvertes, connaissances et façons de faire.  Les producteurs de grains ont eu une grande capacité de résilience pour passer au travers de cycles difficiles. Ils ont su acquérir et appliquer de nouvelles connaissances dans le but de répondre aux attentes des consommateurs ainsi qu'aux attentes sociétales; deux concepts assez différents qui reposent sur des perceptions qui ne reflètent pas toujours la réalité des producteurs.

Au cours des derniers mois, et c'est un combat qui se poursuivra dans l'année qui vient, on a interpelé nos décideurs politiques sur l'importance d'un environnement d'affaires qui sécurise la production de grains au Québec. En ce moment, les programmes offerts au secteur des grains québécois sont moins performants que ceux des autres provinces et pays. On nous demande de demeurer compétitif et de garder un esprit entrepreneurial équivalant à celui de producteurs qui jouissent d'un environnement d'affaires beaucoup plus solide que le nôtre. Cela demande beaucoup de motivation, mais jusqu'à ce jour, nous y sommes parvenus.

On doit reconnaître que les marchés ont été au rendez-vous ces dernières années. Les conditions climatiques nous ont permis d'obtenir des rendements intéressants, des récoltes de qualité qui correspondent aux attentes de nos consommateurs. Mais la journée où ce sera plus difficile, il ne sera plus temps de demander des corrections aux programmes. Il sera trop tard.

Que cela concerne la sécurité du revenu ou notre attente amplement justifiée de réinvestir les 38 M$ du solde résiduel de l'ASRA dans le secteur des grains, il y a des manques flagrants qui n'encouragent guère la relève et ne facilitent en rien les investissements pour mieux respecter notre environnement, acquérir des équipements et de nouvelles connaissances ou créer des chaires de recherche dans notre secteur, qu'elles soient de nature agronomique, environnementale ou économique. À preuve, en ce qui a trait à la recherche, on se réfère souvent à des résultats qui proviennent de l'extérieur du Québec. 

Les programmes doivent soutenir les producteurs dans l'investissement de nouvelles technologies et façons de faire pour acquérir de nouvelles génétiques. Le secteur des grains est un marché ouvert et très compétitif. Les producteurs doivent donc être en mesure de poursuivre leur plan d'amélioration et d'efficacité, et même de conquérir de nouveaux marchés. La prochaine politique bioalimentaire du Québec comportera des projets extrêmement ambitieux pour l'agriculture québécoise. Alors qu'on donne au secteur des grains, qui se situe dans les échelons supérieurs en termes d'importance, les outils nécessaires pour qu'il puisse atteindre les objectifs qui y seront énoncés!

Le budget de la semaine prochaine va-t-il nous donner un élan ou mettre encore des freins au développement de la production de grains au Québec? Le gouvernement québécois a l'opportunité de répondre favorablement aux attentes qu'on lui a transmises au cours des dernières années; M. Leitão détient un gousset bien garni. Il devrait y avoir une petite part pour s'assurer que l'agriculture québécoise continue à faire du Québec un lieu de prospérité.

Tous ces défis, on ne les relèvera pas seuls. Un groupe a été formé au tournant des années 2010, le Groupe de concertation du secteur des grains du Québec (GCSGQ). Après quelques années d'apprivoisement, les différents acteurs qui le composent ont atteint un niveau de maturité dans leurs discussions. Aussi, je pense que dans les temps qui viennent, le GCSGQ sera un élément catalyseur des efforts de tout un chacun vers un objectif que l'on souhaite commun et orienté sur le résultat des travaux en cours pour le plan stratégique. Les Producteurs de grains s'investissent beaucoup dans la vie associative du Groupe, ils y amènent un soutien et une expertise importante. Il ne reste qu'à s'assurer de son bon fonctionnement, et je suis certain que sa nouvelle coordonnatrice, Mme Sylvie Richard, sera un apport positif à l'atteinte de cet objectif.

Le prochain point que je souhaite aborder concerne les communications et la valorisation de la profession. On s'est fait pas mal varloper ces dernières années sur nos façons de faire. Depuis 1975, les producteurs de grains avaient toujours été relativement timides quand venait le temps de défendre leurs réalités sur la place publique. Mais au cours des 4-5 dernières années, ils ont pris un envol certain. Ce n'est toutefois pas assez; vous l'avez d'ailleurs exprimé hier lors de l'atelier de travail.

Au cours des prochains semaines, mois et années, comme producteurs, nous aurons la responsabilité, malheureusement déplaisante pour certains, de nous engager à respecter les attentes qui ont été exprimées en ce qui concerne la production de documentation.

Remplir des documents pour répondre à des attentes réglementaires peut être décourageant, mais produire des informations, les colliger, les exposer, les vulgariser au grand public devrait être assez motivant pour le faire tous ensemble. Il est essentiel de mettre les citoyens en confiance quant à nos façons de faire. On doit leur donner la chance de mieux comprendre nos réalités et de respecter les efforts importants que l'on fait tous pour s'améliorer dans notre évolution d'entreprise. On doit documenter ces réalités et s'assurer qu'elles aient une portée autre que le respect de la réglementation.

Je ne dis pas que ces démarches suffiront à faire taire la désinformation ou à stopper l'ensemble de la méconnaissance de la société envers nous, mais on doit rassurer la population.

Je vous rappelle le thème de l'AGA cette année : soutenir la durabilité, valoriser la productivité. Moi, je vous dirais que la durabilité passe par la productivité. Si l'on n'est pas productifs, on ne sera pas durables. Mais comment s'assurer d'être productifs dans le respect de notre environnement?

Ce qui nous amène au Centre de recherche CÉROM, dont la mission est de produire des connaissances dans un environnement de recherche d'intérêt public et dont l'objectif est de proposer des moyens d'avoir une agriculture productive et durable, et de mettre de l'avant des projets de recherche respectant ces deux attentes de façon simultanée. J'insiste sur l'expression « d'intérêt public », car indépendamment de la provenance des fonds, le CÉROM a toujours fait en sorte que les résultats de recherche soient publiés et que les travaux soient réalisés en fonction des besoins de la filière des grains, sans être axés uniquement sur les besoins des producteurs ou des fournisseurs d'intrants, ou encore sur les attentes sociétales.

Lorsque le CÉROM a été créé, en 1997, certains étaient déjà mécontents. Le CÉROM doit donc lutter depuis 21 ans afin d'assurer sa raison d'être et obtenir un financement suffisant pour remplir son rôle. Je trouve malheureux qu'encore récemment, par de mauvaises perceptions véhiculées, on ait voulu détruire sa réputation, sans s'assurer au préalable d'être bien informé sur ce qui s'y passe réellement. Mais je suis persuadé que le CÉROM passera au travers de cette tempête, que le ministère de l'Agriculture renouvellera sa confiance et les différents mandats qui lui sont dévolus.

Nous aurons des exercices de communication à faire avec le ministère, comme nous l'avons fait récemment, conformément à diverses conventions, et je suis certain que dans l'avenir on pourra poursuivre sur cette même lancée pour s'assurer d'être en mesure de répondre aux attentes de la filière, que ce soit celles des producteurs de grains, de l'industrie des intrants, des consommateurs ou de nos transformateurs.

Pour ce qui est de l'utilisation des pesticides, les Producteurs de grains ont échangé avec leurs membres pendant plus de deux ans concernant le développement d'un concept de plan de phytoprotection qui éviterait l'imposition d'une réglementation. Nous avons proposé des solutions de rechange, nous avons démontré, documenté l'intérêt des producteurs de mettre en application les nouvelles connaissances. Pour certains groupes, ce n'était pas suffisant.

On expose encore, en 2018, des données des années 2000 et du début des années 2010. Pourtant, l'agriculture est un monde en constant changement. J'ai lu dans le journal que 99 % des semences de maïs sont traitées aux néonics, ce qui témoigne d'un retard de 7-8 ans. En réalité, près de la moitié des semences de maïs et moins de la moitié des semences de soya sont traitées aux néonics. Pourquoi vouloir détruire la réputation des producteurs en prétendant qu'ils utilisent des pesticides par habitude? Les travaux de recherche du CÉROM et les connaissances acquises nous ont au contraire donné la chance d'être en confiance et de moduler l'usage des néonicotinoïdes. On n'a pas besoin d'un règlement, les producteurs ont déjà accompli les trois quarts du travail de façon naturelle.

Ce qui est un peu mêlant, c'est qu'on nous dit, au travers des rapports de recherche, que seulement 3 ou 4 % des parcelles nécessitent l'application d'un insecticide. Dans un même temps, le représentant de nos dignes conseillers propage la nouvelle que de 20 à 30 % des parcelles ont besoin de cet intrant. Tout ça basé sur les mêmes sources d'information! Et on devrait cultiver avec confiance…

Je crains que les services-conseils fournis par des équipes sous la supervision des agronomes n'aient pas la latitude nécessaire pour partager leur expertise de façon adéquate avec les producteurs, ce qui est totalement inacceptable en 2018.

Les Producteurs de grains ont écrit au ministère de l'Agriculture à deux reprises dans les dernières semaines pour leur exprimer deux propositions de collaboration. Nous sommes en attente de réponses. La première, vous la connaissez, c'est de poursuivre les recherches en ce qui concerne les traitements de semences de différentes cultures au Québec. Nous devons combattre de nouveaux ravageurs, les hybrides et les variétés ont évolué, on a d'autres qualités, d'autres caractéristiques, et il existe de nouvelles molécules. Ce n'est pas vrai qu'en 2022, on va continuer à faire de l'agriculture basée sur des recherches de 2012. Il faut absolument poursuivre nos recherches afin que nos façons de faire soient des plus optimales. Pensez à toutes les technologies disponibles pour entretenir les cultures et prévenir ou guérir les dommages causés par les différents ravageurs!

La deuxième proposition concerne le cycle de vie de l'azote, souvent présenté sous le terme "sentinelle d'azote". Dans plusieurs pays, plusieurs contrées, on pointe du doigt les applications d'azote pour les dommages qu'elles causent à l'environnement. On nous dit qu'on en met trop, qu'on ne le met pas de la bonne façon, pas au bon moment, qu'on n'utilise pas les bonnes sources… Actuellement, si l'on se fie aux différentes recherches provenant du provincial et du fédéral, pour une production rentable et durable de maïs-grain par exemple, nous devrions utiliser, selon les sources, tantôt 25, tantôt 270 kilos à l'hectare d'azote : du 10 contre 1! Quelle est la bonne réponse?

Ça demande des connaissances. Qu'elles soient issues d'un centre de recherche d'intérêt public ou du privé, ce qui importe, c'est de s'assurer que les protocoles de recherche et les résultats soient reconnus par les autres chercheurs et qu'on puisse les vendre, les appliquer et les vulgariser auprès des producteurs agricoles.

On doit également s'assurer que le travail des agronomes et de leurs équipes est fait selon des codes de référence, des codes de déontologie, et que leurs conseils ne sont pas dénaturés par des intérêts économiques ou personnels.

Je ne voulais pas vous dresser un tableau si négatif, mais c'est la réalité, et je suis certain que si l'on a de bons partenaires de l'industrie privée et une bonne écoute de la part des différents paliers du gouvernement, tout le monde ensemble, on pourra continuer à assurer notre prospérité dans le respect des différentes attentes.

En dernier lieu, je souhaiterais que l'on fasse en sorte, dans les prochaines activités des PGQ, que ce soit en session d'information ou de formation, ou au sein de nos assemblées, que de la jeunesse et de la féminité nous accompagnent. De plus en plus de femmes sont actives au sein de la production de grains au Québec. C'est une réalité. L'idée n'est pas d'atteindre des objectifs, mais simplement de faire des efforts pour intéresser notre relève et la gent féminine à nos activités. Je suis certain que cela bonifiera nos orientations. J'espère donc qu'au prochain rendez-vous de l'assemblée annuelle, en 2019, cette présence se soit accrue.

Sur ce, bon débat.