Tendances des prix du maïs et du soya au Québec - Novembre 2019


Publié le: 21 novembre 2019

Tendances des prix du maïs et du soya au Québec

(21 novembre 2019)

Les informations publiées proviennent de sources réputées fiables. L’analyse est basée sur les informations disponibles et elle doit être utilisée à titre indicatif seulement. Les Producteurs de grains du Québec ne peuvent être tenus responsables d’éventuelles erreurs. Les opinions émises n'engagent pas la responsabilité des Producteurs de grains du Québec quant aux décisions des lecteurs.

 

Bourse 23 oct. 2019
20 nov. 2019
Variation ($) Variation (%)
Contrat maïs décembre 2019 ($ US/bu) 3,8775 3,6675 -0,2100 -5,4
Contrat soya janvier 2020 ($ US/bu) 9,4825 9,0500 -0,4325 -4,6
Prix du soya/Prix du maïs 2,45 2,47    
Contrat maïs mai 2020 ($ US/bu) 4,0625 3,8300

-0,2325

-5,7
Contrat soya mai 2020 ($ US/bu) 9,6800 9,3200 -0,3600 -3,7
Prix du soya/Prix du maïs 2,38 2,43    
Taux de change ($ US /CA) 0,7650 0,7513 -0,0137 -1,8

 

Marché local du maïs (FAB ferme) Semaine du 16 sept. 2019
Semaine du 14 oct. 2019
Semaine du 11 nov. 2019
Base livraison immédiate ($ CA/bu) 2,38 2,47 2,14
Base livraison immédiate ($ US/bu) 0,88 0,93 0,69
Prix livraison immédiate ($ CA/t) 240 252 232
Base livraison janvier 2020 ($ CA/bu) 1,63 ND 2,66
Base livraison janvier 2020 ($ US/bu) 0,30 ND 1,06
Prix livraison janvier 2020 ($ CA/t) 215 ND 256

 

Marché local du soya (FAB ferme) Semaine du 16 sept. 2019
Semaine du 14 oct. 2019
Semaine du 11 nov. 2019
Base livraison immédiate ($ CA/bu) 2,60 2,48 2,53
Base livraison immédiate ($ US/bu) -0,23 -0,38 -0,33
Prix livraison immédiate ($ CA/t) 424

434

430

 

 

La récolte du maïs et du soya accuse toujours un retard important aux États-Unis : en date du 17 novembre, le battage était complété à 76 % pour le maïs et 91 % pour le soya, soit un retard respectif de 16 % et 4 % par rapport à la moyenne quinquennale. L’USDA a exceptionnellement effectué une nouvelle enquête sur les superficies récoltées du maïs et du soya dans le Dakota du Nord et le Minnesota, et incorporé les nouvelles données dans le rapport de novembre. Le rendement du maïs a été abaissé à 167 boisseaux à l'acre (bu/a), mais les superficies sont inchangées, la production perd 118 millions de boisseaux (Mbu) pour s’établir à 13,66 milliards de boisseaux (Gbu), soit une baisse de 5,3 % par rapport à l’an passé. L’estimation de la récolte de soya est inchangée à 3,55 Gbu, soit une diminution de 19,8 % par rapport à 2018. Les stocks en 2020 devraient atteindre 1,91 Gbu de maïs et 475 Mbu de soya, soit des baisses respectives de 9,6 % et 48 % par rapport aux niveaux de 2019.

 

Depuis le début de l’année récolte, les achats de soya américain par les Chinois ont non seulement repris mais ils ont été considérables, totalisant plus de 8 millions de tonnes (Mt). Par conséquent, le total cumulé des ventes de soya, qui accusait un retard important, est maintenant en avance par rapport à l’an passé avec 22,3 Mt contre 21,9 Mt. Par contre, le rythme des ventes du maïs demeure désastreux, totalisant 12,5 Mt comparativement à 23,4 Mt à pareille date l’an passé, en raison d’une concurrence féroce de la part de l’Amérique du Sud. Depuis janvier, le Brésil a expédié 34,7 Mt de maïs, soit 60 % de plus que le précédent record; durant le seul mois d’août, les exportations ont atteint 7,3 Mt! Ces exportations font suite à une récolte record et bénéficient des investissements logistiques considérables entrepris par le Brésil au courant des dernières années, particulièrement la construction de nouveaux ports dans le nord-est du pays. Par ailleurs, les producteurs agricoles argentins vendent massivement leurs grains avant l’entrée en fonction du nouveau président de gauche. Ils auraient déjà commercialisé 12,4 Mt de maïs et 7,2 Mt de soya, contre 4,6 Mt de maïs et 2,9 Mt de soya à pareille date l’an passé. Les agriculteurs craignent les mesures que pourrait prendre le nouveau gouvernement en matière de taxes et de quotas sur les exportations de grains. Dans le rapport de novembre, l’USDA a de nouveau réduit la prévision des exportations de maïs américain de 1 900 à 1 850 Mbu, contre 2 065 Mbu en 2018-2019. L’USDA s’attend maintenant à une baisse de 8,5 Mt des exportations de maïs par rapport à l’an passé, alors que le retard est présentement de 10,9 Mt.

 

Maintenant que l’élection fédérale est derrière nous, va-t-on avoir un déblocage dans la guerre commerciale sino-canadienne? La Chine a levé l’embargo sur le porc canadien, mais elle a besoin de notre viande en raison de la pénurie de porc dans son pays à la suite des ravages de la peste porcine africaine. Ses besoins en canola ou autres grains canadiens ne sont pas aussi urgents, les sources d’approvisionnement sont multiples. Les exportations de canola à destination de la Chine sont toujours interrompues, alors que les ventes de tourteau et d’huile de canola se poursuivent. Les autres grains canadiens ne sont pas officiellement visés par ce conflit, mais un risque plane sur tout le négoce des grains avec la Chine, qui boude le soya canadien depuis plusieurs mois.

 

Les pluies ont débuté en retard au Brésil et sont demeurées décevantes jusqu’au début de novembre, ce qui a ralenti les semis du soya. Le rendement n’est pas à risque à ce stade-ci, mais il est d’ores et déjà acquis que, contrairement à 2019, le battage de la fève ne sera pas hâtif en 2020. Ce qui veut dire que la deuxième récolte de maïs (safrinha), destinée à l’exportation, ne sera pas semée hâtivement comme en 2019, et qu’elle sera donc plus à risque en regard de la pluviométrie en mai-juin 2020.

 

L'année récolte 2019-2020 s’annonce comme une année très difficile pour les producteurs de maïs du Québec. Les semis ont été très tardifs; les conditions ont été sèches de la mi-juin à la mi-août, puis très humides à partir de septembre; certaines régions ont eu des épisodes de gel en septembre; les températures ont plongé depuis le début de novembre, avec une tempête de neige; et pour couronner le tout, voici qu’une grève du CN interrompt l’approvisionnement en propane indispensable pour le séchage du grain! Le battage a démarré lentement et péniblement : au moment d’écrire ces lignes, la récolte du maïs serait complétée à 44 % à l’échelle de la province, et de 60 % à 70 % en Montérégie. Les premières indications ne sont pas encourageantes : les rendements sont en dessous de la moyenne; l’humidité du grain est très élevée; la qualité est très variable, avec des grades 2, 3, 4 et 5 – malheureusement, le grade 2 se fait plutôt rare, les grades inférieurs semblent prédominer, principalement en raison du poids spécifique. Par ailleurs, on entend des histoires d’horreur : du maïs échantillon, du grain à plus de 35 % d’humidité, etc. Les escomptes des grades ne sont pas encore clairement déterminés dans le marché local. De par les renseignements pris auprès de plusieurs acheteurs, les escomptes varient présentement entre 0 $ et 5 $/tonne pour un grade 3, et de 5 $ à 15 $/tonne pour un grade 4. Le grade 5 est refusé par certains acheteurs, et traité au cas par cas par d’autres.

 

 

SCÉNARIOS DES PRIX :  - Maïs: haussier   |   Soya: Neutre

 

Le scénario des prix est inchangé pour le soya (neutre); il s’est amélioré pour le maïs en devenant haussier, mais pour les mauvaises raisons! Les bases locales du maïs, qui sont élevées, pourraient se raffermir encore plus au cours des prochains mois. Notre récolte 2019 va être médiocre sous tous les angles : rendement, poids spécifique, qualité, humidité, etc. Le marché est dans une année anormale, il est en train de s’aligner sur un grade 3. Les acheteurs cherchent encore à évaluer la situation, les escomptes vont s’établir en fonction du profil de la récolte et de la disponibilité du grain. Les acheteurs ou utilisateurs qui tiennent à un grade 2 pourraient devoir payer une prime. Les options d’importation semblent limitées : la qualité du maïs américain des États limitrophes est similaire à la nôtre; le battage du maïs ontarien est en retard aussi, et son grain est très humide; le maïs brésilien n’est plus compétitif avec la remontée de son prix, et son programme d’exportation tire à sa fin. Le marché québécois pourrait donc devenir de plus en plus serré au cours des prochains mois, d’autant plus que les producteurs ont tendance à entreposer le « bon grain » et à livrer d’abord les grades inférieurs. Il n’y aura pas de pénurie de maïs, mais un certain rationnement de l’offre. Cette situation anormale demandera aux producteurs d’être très vigilants dans la commercialisation : on observe des écarts de prix importants, les opportunités de marché sont très différentes d’un acheteur à un autre.

 

Quant aux contrats à terme, ceux du maïs devraient se raffermir comme à l’accoutumée à la fin du battage dans le Midwest. Les exportations américaines de maïs ont été au ralenti ces derniers mois, mas elles vont s’accélérer dans la deuxième moitié de l’année. Le soya restera tributaire des négociations commerciales sino-américaines.

 

Le rapport final de production de Statistique Canada qui sera publié le 6 décembre risque d’être très controversé. Ces chiffres « finaux » seront basés sur l’enquête entreprise auprès des producteurs au début de novembre, alors que le battage avait à peine commencé, et avant que la tempête de neige ne frappe le Québec le 12 novembre.

 

Sur le même thème