Tendances des prix du maïs et du soya au Québec - Mars 2019


Publié le: 25 mars 2019

Tendances des prix du maïs et du soya au Québec

(25 mars 2019)

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Bourse 18 févr. 2019
22 mars 2019
Variation ($) Variation (%)
Contrat maïs mai 2019 ($ US/bu) 3,8275 3,7625 - 0,0650 - 1,7
Contrat soya mai 2019 ($ US/bu) 9,2150 9,0375 - 0,1775 - 1,9
Prix du soya/Prix du maïs 2,41 2,40    
Contrat maïs décembre 2019 ($ US/bu) 3,9925 3,9875

- 0,0050

- 0,1
Contrat soya novembre 2019 ($ US/bu) 9,5200 9,3750 - 0,1450 - 1,5
Prix du soya/Prix du maïs 2,38 2,35    
Taux de change ($ US /CA) 0,7552 0,7471 - 0,0081

- 1,1

 

Marché local du maïs (FAB ferme) Semaine du 7 jan. 2019
Semaine du 11 févr. 2019
Semaine du 18 mars 2019
Base livraison immédiate ($ CA/bu) 1,54 1,72 1,78
Base livraison immédiate ($ US/bu) 0,23 0,38 0,41
Prix livraison immédiate ($ CA/t) 211 216 217
Base livraison récolte 2019 ($ CA/bu) 1,17 1,23 1,27
Base livraison récolte 2019 ($ US/bu) - 0,10 - 0,05 - 0,03
Prix livraison récolte 2019 ($ CA/t) 205 206 206

 

 

 

SOYA

Le 1er mars 2019, Beijing a révoqué le permis d’exportation de canola de la compagnie Richardson International, une multinationale canadienne des grains. Cette mesure a fait l’effet d’une bombe puisque le marché chinois compte pour 40 % des exportations canadiennes de canola, et que Richardson est l’un des principaux manutentionnaires et exportateurs canadiens. La Chine a invoqué la présence de parasites ou de bactéries dans des livraisons de canola pour justifier sa décision. Cependant, il ne fait aucun doute que le litige n’est pas d’ordre technique ou scientifique mais plutôt politique. En effet, le blocage des grains de l'entreprise Richardson International par la Chine est une réplique à l'arrestation de la directrice financière du géant chinois des télécommunications Huawei à Vancouver le 1er décembre 2018. Mais le geste des autorités chinoises ne s’explique pas seulement par cette partie de bras de fer politique. En effet, il est de plus en plus clair que la peste porcine africaine a fait beaucoup plus de dommages en Chine au cours des derniers mois que ce qui ressort des chiffres officiels. Par conséquent, la production porcine chinoise est en forte baisse, et donc la demande pour le tourteau est en déclin, d’autant plus que la formulation des rations alimentaires a été modifiée pour inclure moins de tourteau. Finalement, le conflit commercial sino-américain est en voie d’être réglé prochainement. Par conséquent, les Chinois devront intensifier leurs achats de soya américain, et auront donc moins besoin d’acheter d’autres oléagineux, tel que le canola.

 

Le 22 mars, on a appris que l’embargo chinois était étendu à tout le canola. Par ailleurs, il semblerait que les achats de tous les grains canadiens soient gelés. Si cela se confirme, le soya canadien sera touché, surtout pour la nouvelle récolte puisque les ventes pour l’année en cours ont été largement réalisées. Les exportations de soya canadien à destination ont fortement augmenté en 2018-2019 en raison de la substitution à la fève américaine – si ce marché se ferme, la fève canadienne devra trouver d’autres débouchés.

 

Le marché mondial du soya est toujours régi par la guerre commerciale sino-américaine. La trêve décrétée le 1er décembre s’est traduite par la reprise des achats de soya américain par les compagnies étatiques chinoises Sinograin et Cofco. Cependant, le tarif douanier de 25 % sur les importations chinoises de soya américain demeure en vigueur. Le tonnage de soya américain acheté par les Chinois depuis décembre est de 11,2 millions de tonnes (Mt), un chiffre significatif mais beaucoup plus bas que les années précédentes. Par conséquent, les exportations cumulatives totales de soya s’établissent à 41,5 Mt, comparativement à 50 Mt à pareille date l’an passé, soit un retard de 17 %. Pourtant l’USDA n’a pas modifié l’estimation annuelle des exportations de fève qui s’établit à 1875 millions de boisseaux (Mbu) en 2018-2019, soit en baisse de 12 % par rapport à l’an passé. L’USDA prévoit que les inventaires de soya US vont plus que doubler cette année, passant de 438 Mbu en 2018 à 900 Mbu en 2019.

 

 

MAÏS

 

Le 22 mars, l’USDA a annoncé une vente de 300 000 tonnes de maïs à destination de la Chine. Cette vente est significative car la Chine importe peu de maïs – elle serait une indication de plus qu’un règlement du conflit commercial sino-américain est en vue.

Après un très bon démarrage, les exportations américaines de maïs s’essoufflent en raison de la concurrence des maïs ukrainien et argentin. Les ventes cumulatives atteignent 41,8 Mt, soit un retard de 3,3 Mt ou 8 % par rapport à pareille date l’an passé. Pourtant l’USDA prévoit que les exportations atteindront 2375 Mbu en 2018-2019, soit en baisse de 2,6 % par rapport à l’année précédente.

La 2e récolte de maïs brésilien safrinha, destinée principalement a l’exportation, est semée rapidement et dans de bonnes conditions suite à la reprises des pluies depuis le mois passé. Si les précipitations se poursuivent, la production sera abondante : l’USDA prévoit une récolte globale de maïs de 94,5 Mt, contre 82 Mt en 2018. Les exportations de maïs brésilien devraient s’intensifier à partir de juin. Quant à l’Argentine, le pays continue de bénéficier de conditions météos favorables, et d’abondantes récoltes de maïs et de soya y sont prévues.

 

SCÉNARIOS DES PRIX :

  • Soya: neutre
  • Maïs: haussier

 

Le scénario des prix est inchangé : il est neutre pour le soya et haussier pour le maïs. La situation de l’offre et de la demande de maïs au Québec va se resserrer au cours des prochaines semaines avec la réouverture de la voie maritime du St Laurent et la reprise des exportations maritimes. Les bases locales du maïs continuent de se raffermir, aussi bien en dollar canadien qu’en dollar canadien. Le marché mondial du soya est toujours régi par le bras de fer sino-américain mais une entente est probablement en vue. Le soya canadien de l’ancienne récolte étant déjà largement commercialisé, la fermeture du marché chinois, si elle se confirme, ne causera pas de dommages irrémédiables à court terme. Pour la nouvelle récolte, par contre, la fermeture aurait un impact négatif significatif. Mais notre scénario suppose que la hausse des contrats à terme découlant d’un accord commercial sino-américain compenserait la baisse des bases locales.

 

L’attention des marchés est centrée sur 2 facteurs. La guerre commerciale sino-américaine est toujours au cœur du négoce mondial des gains, bien entendu, mais la météo du Midwest est en train de devenir un autre enjeu avec l’approche des semis. La grande partie du territoire agricole des États-Unis a eu des précipitations plus que suffisantes au cours de l’hiver. Or à la mi-mars, des pluies abondantes se sont abattues, entraînant d’importantes inondations sur le Nebraska et une partie de l’Iowa. De plus, l’agence fédérale NOAA vient de publier leurs prévisions pour les 3 prochains mois (avril à juin), et celles-ci sont préoccupantes. Leurs modèles météos indiquent des températures en-dessous de la normale et des précipitations au-dessus de la normale pour une grande partie du Midwest – cela voudrait dire des semis tardifs et laborieux, donc un mauvais départ de la saison. NOAA prévoit des inondations historiques étendues jusqu’en mai.  Cependant, il faut garder à l’esprit que les prévisions météos à long terme sont souvent aléatoires et qu’il est trop tôt pour s’alarmer.

 

Les intentions d’ensemencements qui seront dévoilées le 29 mars aux États-Unis et le 24 avril au Canada mettront la table pour les prochains mois. Les producteurs agricoles américains vont-ils réduire considérablement leurs semis du soya au profit du maïs tel qu’anticipé? Et que vont semer les producteurs de l’ouest canadien? La superficie du canola, la 1ère culture des Prairies avec le blé, risque de baisser avec la fermeture du marché chinois, mais au profit de quelles cultures? Les légumineuses ont vu leurs prix dégringoler au cours des derniers mois suite à la fermeture du marché indien, la production de soya est en recul dans l’ouest après 2 mauvaises années, et le prix du blé durum est médiocre cette année en raison de la fermeture du marché italien. Restent donc le blé de printemps et les autres céréales, l’orge et l’avoine. On risque donc de voir un accroissement substantiel du blé de printemps, dans un marché mondial dominé par les blés russe, ukrainien et européen.

 

 

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