Tendances des prix du maïs et du soya au Québec - Juillet 2019


Publié le: 19 juillet 2019

Tendances des prix du maïs et du soya au Québec

(19 juillet 2019)

Les informations publiées proviennent de sources réputées fiables. L’analyse est basée sur les informations disponibles et elle doit être utilisée à titre indicatif seulement. Les Producteurs de grains du Québec ne peuvent être tenus responsables d’éventuelles erreurs. Les opinions émises n'engagent pas la responsabilité des Producteurs de grains du Québec quant aux décisions des lecteurs.

 

Bourse 25 juin 2019
18 juillet 2019
Variation ($) Variation (%)
Contrat maïs septembre 2019 ($ US/bu) 4,5300 4,2450 -0,2850 -6,3
Contrat soya août 2019 ($ US/bu) 9,0875 8,8125 -0,2750 -3,0
Prix du soya/Prix du maïs 2,01 2,08    
Contrat maïs décembre 2019 ($ US/bu) 4,5750 4,2975

-0,2775

-6,1
Contrat soya novembre 2019 ($ US/bu) 9,2650 8,9900 -0,2750 -3,0
Prix du soya/Prix du maïs 2,03 2,09    
Taux de change ($ US /CA) 0,7599 0,7675 0,0076

1,0

 

Marché local du maïs (FAB ferme) Semaine du 20 mai 2019
Semaine du 17 juin 2019
Semaine du 15 juillet 2019
Base livraison immédiate ($ CA/bu) 1,69 2,19 2,47
Base livraison immédiate ($ US/bu) 0,25 0,54 0,88
Prix livraison immédiate ($ CA/t) 222 262 269
Base livraison récolte 2019 ($ CA/bu) 1,35 1,38 ND
Base livraison récolte 2019 ($ US/bu) -0,05 -0,10 ND
Prix livraison récolte 2019 ($ CA/t) 216 236 ND

 

 

Le marché a eu droit à un coup de tonnerre le 28 juin avec la publication du rapport de l’USDA sur les superficies ensemencées : il y avait beaucoup plus de maïs et nettement moins de soya qu'anticipé! Les superficies du maïs étaient de 91,7 millions d’acres (Mac), soit une hausse de 2,3 % par rapport à 2018, et celles du soya s’établissaient à 80 Mac, soit une baisse de 10,3 % - c’est la plus basse superficie de soya depuis 2013. Ces chiffres manquent de crédibilité puisque l’enquête de l’USDA sur les superficies ensemencées, qui est effectuée auprès des producteurs, a eu lieu comme d’habitude à la fin mai, alors que les semis étaient loin d’être terminés. La quasi-totalité des observateurs estiment que les superficies du maïs sont surestimées, tandis que celles du soya sont sous-estimées.

 

L’USDA a été contraint d’annoncer que l’enquête sur les superficies ensemencées serait reprise en juillet dans un certain nombre d’États. Mais les nouvelles données ne seront pas connues avant le rapport mensuel du 12 août. Le problème est qu’entre-temps l’USDA devait publier le rapport mensuel du 11 juillet. On y a retrouvé les superficies du 28 juin : la superficie du maïs est donc remontée de 89,8 à 91,7 Mac, et celle du soya a chuté de 84,6 à 80 Mac. Ce cafouillage crée de l’incertitude, de la nervosité, et augmente le niveau de risque pour les participants, ce qui se traduit par une hausse de la volatilité boursière.

 

Malgré la confusion entourant les superficies ensemencées aux États-Unis, les perspectives du marché se sont nettement améliorées au cours des 2 derniers mois, particulièrement pour le maïs et à un moindre degré pour le soya. Présentement, seulement 58 % du maïs et 54 % du soya sont en bonne ou excellente condition dans le Midwest. Les rendements seront probablement décevants, voire médiocres.

 

Depuis la remontée des contrats à terme à la mi-mai, le maïs américain est nettement moins compétitif sur le marché mondial : les ventes hebdomadaires à l’exportation ont chuté, aussi bien pour l’année en cours que la nouvelle récolte. Cette baisse est due à la forte concurrence du Brésil, de l’Argentine et de l’Ukraine qui sont en voie de battre des récoltes abondantes.

 

Plusieurs facteurs baissiers demeurent à l’œuvre dans le marché mondial du soya : 1/ Les États-Unis ont des stocks de report élevés, même si le chiffre a été (temporairement) réduit à 800 millions de boisseaux. 2/ Le Brésil et l’Argentine ont eu des récoltes très abondantes. Le Brésil sera de loin le premier exportateur mondial de la fève en 2019-2020 avec une part de marché estimée à plus de 50 %, contre moins de 35 % pour les États-Unis. 3/ Pendant les 6 premiers mois de l’année, les importations chinoises de soya se sont établies à 38,3 millions de tonnes (Mt), soit en baisse de 14,7 % par rapport à l’an passé. Cette chute est due à la guerre commerciale sino-américaine, à la diminution de l’utilisation de tourteau de soya dans les rations et, surtout à la forte diminution du cheptel porcin chinois causée par la peste porcine africaine. Les pertes du cheptel seraient catastrophiques, de l’ordre de 40 %, et la maladie demeure hors de tout contrôle. Sur la base des 6 premiers mois de l’année, le rythme annuel des importations chinoises est de 77 Mt. Or présentement l’USDA prévoit que les achats chinois vont totaliser 85 Mt en 2018-2019 et 87 Mt en 2019-2020. À moins d’une forte accélération de la cadence des importations, ces 2 prévisions semblent très optimistes à la lumière des dernières statistiques, particulièrement celle concernant l’an prochain. Il faut donc s’attendre à ce que l’USDA réduise les estimations au cours des prochains mois.

 

Les exportations de canola à destination de la Chine sont toujours interrompues, mais les ventes de tourteau et d’huile de canola se poursuivent. Les autorités chinoises refusent d’entamer des discussions techniques avec le Canada au sujet de la présence invoquée de parasites ou de bactéries dans des livraisons de canola. L’embargo ne sera probablement pas levé avant les élections fédérales en octobre. Pour le moment, les autres grains canadiens ne semblent pas être visés par ce conflit, mais il n’en demeure pas moins qu’un risque plane sur tout le négoce des grains avec la Chine. De plus, Beijing a suspendu toutes les importations de viande du Canada, incluant le porc, une décision qui affecte le Québec puisque la Chine est un grand marché. Quant au soya, celui-ci demeure sous la menace d’un embargo chinois, à l’instar du canola et du porc. Cette incertitude nuit à la commercialisation de notre fève. De septembre 2018 à mai 2019, les livraisons de soya au plan conjoint ont totalisé 794 000 tonnes, contre 874 000 tonnes l’an passé et 975 000 tonnes l’année précédente, et ce pour des niveaux de production similaires.

 

Les semis ont été très hâtifs dans les prairies de l’Ouest en raison des conditions sèches au printemps. Une menace de sécheresse planait mais de bonnes pluies ont été reçues depuis la mi-juin. La situation est retournée proche de la normale mais d’autres précipitations seront nécessaires pour assurer de bons rendements.

 

 

SCÉNARIOS DES PRIX :

  • Maïs: neutre à haussier à court terme, puis baisse modérée et graduelle
  • Soya: neutre à haussier à court terme, puis baissier

 

Nos scénarios des prix sont inchangés par rapport au mois passé. Reflétant la remontée boursière des dernières semaines et l’offre serrée de l’ancienne récolte sur le marché local, les prix locaux du maïs pour une livraison immédiate se sont encore raffermis. Par contre le marché du soya est calme, et le redressement des prix est demeuré assez modeste, reflétant la forte concurrence sud-américaine et la baisse de la demande chinoise.

 

Les semis du maïs et du soya aux États-Unis ont été très retardés par un printemps pluvieux et frais, ce qui a changé la donne du marché des grains. À cela se rajoute toute l’incertitude et la controverse liées aux superficies ensemencées. À la mi-mai, la Bourse de Chicago est passée d’un marché baissier à un marché haussier mais volatil. Les récoltes américaines de maïs et de soya seront fort probablement en-deçà de la normale mais les autres pays exportateurs ont eu ou sont en voie de battre des récoltes abondantes. Le marché mondial du maïs s’est resserré, quoique l’offre abondante de maïs brésilien, argentin et ukrainien, ainsi que la substitution de la demande, le rééquilibreront au cours des prochains mois. Les perspectives sont différentes pour le soya : même avec une réduction de la production américaine, l’offre sud-américaine abondante, combinée à une demande chinoise réduite et à des stocks importants aux États-Unis, montre que les éléments fondamentaux de ce marché ne sont pas vraiment haussiers. Quant au Québec, la lenteur des livraisons au plan conjoint nous porte à croire que les producteurs ne réussiront peut-être pas à écouler tout leur grain de l’ancienne récolte avant la fin de l’été.

 

Au Québec, certains producteurs hésitent à vendre le restant de leur maïs face à la montée soudaine des prix, ce qui restreint d’autant plus l’offre de l’ancienne récolte. Pour ce qui est de la nouvelle récolte, les superficies de maïs sont de 382 500 ha, en baisse de 0,8 % par rapport à 2018. Vu nos semis tardifs, si l’on utilise un rendement moyen de 9,7 t/ha, on obtient une production de 3,7 Mt, ce qui donnerait un modeste surplus. Ce portrait relativement haussier du marché local du maïs devra toutefois tenir compte du taux de change. Le huard s’est raffermi au cours des dernières semaines en raison de l’entente commerciale États-Unis-Canada-Mexique et de la baisse anticipée des taux d’intérêt aux États-Unis. Ce raffermissement du dollar, qui est négatif pour les bases locales, va-t-il se poursuivre ou pas? Certains commencent à parler d’un huard à 80 ¢ US…

 

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