Tendances des prix du maïs et du soya au Québec - Février 2020


Publié le: 25 février 2020

Tendances des prix du maïs et du soya au Québec

(25 février 2020)

Les informations publiées proviennent de sources réputées fiables. L’analyse est basée sur les informations disponibles et elle doit être utilisée à titre indicatif seulement. Les Producteurs de grains du Québec ne peuvent être tenus responsables d’éventuelles erreurs. Les opinions émises n'engagent pas la responsabilité des Producteurs de grains du Québec quant aux décisions des lecteurs.

 

Bourse 21 janv. 2020
24 févr. 2020
Variation ($) Variation (%)
Contrat maïs mars 2020 ($ US/bu) 3,8750 3,7225 -0,1525 -3,9
Contrat soya mars 2020 ($ US/bu) 9,1600 8,7425 -0,4175 -4,6
Prix du soya/Prix du maïs 2,36 2,35    
Contrat maïs juillet 2020 ($ US/bu) 3,9925 3,7950 -0,1975 -4,9
Contrat soya juillet 2020 ($ US/bu) 9,4350 8,9400 -0,4950 -5,2
Prix du soya/Prix du maïs 2,36 2,36    
Taux de change ($ US /CA) 0,7655 0,7524 -0,0131 -1,7

 

Marché local du maïs (FAB ferme) Semaine du 13 janv. 2020
Semaine du 17 févr. 2020
Base livraison immédiate ($ CA/bu) 2,28 2,23
Base livraison immédiate ($ US/bu) 0,84 0,75
Prix livraison immédiate ($ CA/t) 241 238
Base livraison avril 2020 ($ CA/bu) 2,16 2,17
Base livraison avril 2020 ($ US/bu) 0,73 0,69
Prix livraison avril 2020 ($ CA/t) 241 238

 

Marché local du soya (FAB ferme) Semaine du 13 janv. 2020
Semaine du 17 févr. 2020
Base livraison immédiate ($ CA/bu) 2,93 3,16
Base livraison immédiate ($ US/bu) 0,07 0,20
Prix livraison immédiate ($ CA/t) 450

445

 

 

Le marché des grains traverse une période de grande incertitude, en bonne partie en raison de facteurs qui n’ont rien à voir avec les éléments fondamentaux de l’offre et de la demande de grain! Commençons par l’épidémie de pneumonie virale causée par le coronavirus, qui a débuté en Chine en janvier et qui est en train de s’étendre hors de l’Asie à divers pays européens et du Moyen-Orient. La vive inquiétude fait maintenant place à une certaine panique, d’où la chute des marchés boursiers, dont la Bourse de Chicago. Même si cette panique est fort probablement injustifiée, il n’en demeure pas moins qu’elle est en train d’avoir des impacts majeurs sur les marchés.

 

Le deuxième facteur à l’œuvre est quant à lui directement lié au marché des grains, tout en étant possiblement influencé par la crise du coronavirus : il s’agit de la phase 1 de l’entente commerciale sino-américaine. L’entente, signée le 15 janvier et entrée en vigueur le 14 février, stipule que la Chine s’engage à augmenter ses achats de produits agricoles de 32 G$ par rapport à l’année de référence, soit 2017, sur une période de 2 ans; les augmentations seront de 12,5 G$ en 2020 et de 19,5 G$ en 2021. Avec ces hausses, les importations annuelles chinoises de produits agricoles américains atteindraient 40 G$. Le marché est déçu par le fait qu’il ne semble pas y avoir d’engagements chiffrés pour les grains. Or, les achats chinois de soya américain n’ont toujours pas repris à ce jour et la Bourse de Chicago commence à perdre patience. Certains observateurs doutent de la sincérité du gouvernement chinois quant au respect de ses engagements, et se demandent quels seront les mécanismes mis en place pour atteindre ces objectifs. D’ailleurs, la crise du coronavirus pourrait fournir au gouvernement chinois une raison, voire un prétexte pour se défiler.

 

L’autre facteur qui s’abat sur le marché est local cette fois-ci : c’est le blocage du rail dans l’est du Canada. Les mouvements ferroviaires du CN sont de plus en plus paralysés, ce qui affecte le mouvement des grains et autres sous-produits utilisés par l’industrie au Québec.

 

Finalement, il ne faut pas oublier qu’il n’y a toujours pas de déblocage dans la guerre commerciale sino-canadienne. La Chine a levé l’embargo sur le porc canadien, mais elle avait besoin de notre viande en raison de la pénurie de porc dans son pays à la suite de la peste porcine africaine. Ses besoins en canola ou autres grains canadiens ne sont pas aussi urgents, les sources d’approvisionnement sont multiples. Les exportations de canola à destination de la Chine sont toujours interrompues, alors que les ventes de tourteau et d’huile de canola se poursuivent. Les autres grains canadiens ne sont pas officiellement visés par ce conflit, mais la Chine n’achète quasiment plus de soya canadien.

 

Le Brésil est en train de battre une récolte abondante de soya – un nouveau record pourrait être établi. Mais, contrairement à l’an passé, la moisson n’est pas hâtive, d’autant plus qu’elle a été récemment retardée par des pluies excessives. Ce n’est pas un problème pour la fève, mais les semis de la deuxième récolte de maïs (safrinha) seront retardés, ce qui augmente le risque relié au rendement.

 

La crise du coronavirus et les risques associés à celle-ci se traduisent, comme d’habitude, par une ruée sur le dollar américain, qui s’est fortement apprécié vis-à-vis des principales devises mondiales depuis le début de l’année. Cela rend les grains américains moins compétitifs sur le marché international vis-à-vis des concurrents tels que le Brésil ou l’Ukraine. Au cours des 7 dernières semaines, le réal s’est dévalué de près de 9 % vis-à-vis du dollar, un avantage très appréciable pour les producteurs brésiliens.

 

L’USDA a émis ses premières projections pour 2020-2021. Ces scénarios de production sont basés sur les tendances moyennes des superficies et des rendements, et supposent des conditions météo normales. Les superficies ensemencées du maïs et du soya grimpent en flèche par rapport aux niveaux anormalement bas de 2019, atteignant 94 millions d’acres (Ma) et 85 Ma, respectivement. Le ratio du prix du soya sur celui du maïs est présentement autour de 2,37, alors qu’il atteignait parfois 3 au cours des années précédant le conflit commercial sino-américain, ce qui devrait avantager les ensemencements du maïs. Les stocks de maïs devraient augmenter considérablement en 2021, passant de 1,9 milliard de boisseaux (Gbu) à 2,6 Gbu, alors que ceux de la fève devraient continuer à se resserrer pour s’établir à 320 millions de boisseaux en 2021.

 

 

 

SCÉNARIOS DES PRIX :  Neutre, volatil

 

Même si l’on ne parle pas de pénurie, le marché local du maïs demeure très serré : cela est clairement reflété par les niveaux des bases en dollars canadiens et américains. La plupart des utilisateurs achètent pour couvrir leurs besoins immédiats et font peu ou pas d’achats subséquents. Le transport ferroviaire est paralysé, l’importation de maïs et de sous-produits est stoppée. Certes, il y aura des importations de maïs par navires ce printemps, mais les Grands Lacs ne rouvriront pas avant quatre à cinq semaines. D’ailleurs, l’USDA a confirmé, lors de la conférence annuelle Outlook, la piètre qualité du maïs américain dans plusieurs États du nord, avec un poids spécifique bas. Les importateurs qui veulent acheter un bon grade 2 pour le mélanger au grain local doivent se tourner vers le Midwest, ce qui implique un coût de transport plus élevé. D’ailleurs, en tonnage, les importations ferroviaires ne peuvent pas rivaliser avec les laquiers.

 

Le marché des grains est très incertain en ce moment. Il fait face à plusieurs questions clés, et l’évolution des prix au cours des prochaines semaines dépendra en bonne partie des réponses à celles-ci. La pandémie du coronavirus va-t-elle se stabiliser et décliner, ou au contraire s’intensifier? La Chine va-t-elle respecter ses engagements commerciaux et reprendre les achats de soya américain? Le blocage ferroviaire du CN va-t-il se terminer au cours des prochains jours ou perdurer? La crise politique sino-canadienne va-t-elle se résoudre, et donc les achats chinois de soya et de canola vont-ils reprendre?

 

Notre scénario des prix est moins favorable que celui du mois passé en raison de toute l’incertitude régnant sur les marchés. Dépendamment de l’évolution des différents dossiers chauds, la tendance des prix pourrait basculer du côté baisser, ou haussier. Les producteurs sont donc appelés à être particulièrement vigilants au cours des prochaines semaines dans leurs décisions de commercialisation. En cas de doute et d’incertitude, ce qui définit bien la situation actuelle, cette bonne vieille règle est plus  que jamais d’actualité : ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier, diversifiez vos options de commercialisation pour gérer le risque.

 

 

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