Tendances des prix du maïs et du soya au Québec - Août 2019


Publié le: 16 août 2019

Tendances des prix du maïs et du soya au Québec

(16 août 2019)

Les informations publiées proviennent de sources réputées fiables. L’analyse est basée sur les informations disponibles et elle doit être utilisée à titre indicatif seulement. Les Producteurs de grains du Québec ne peuvent être tenus responsables d’éventuelles erreurs. Les opinions émises n'engagent pas la responsabilité des Producteurs de grains du Québec quant aux décisions des lecteurs.

 

Bourse 18 juillet 2019
15 août 2019
Variation ($) Variation (%)
Contrat maïs septembre 2019 ($ US/bu) 4,2450 3,6075 -0,6375 -15,0
Contrat soya septembre 2019 ($ US/bu) 8,8700 8,5800 -0,2900 -3,3
Prix du soya/Prix du maïs 2,09 2,38    
Contrat maïs décembre 2019 ($ US/bu) 4,2975 3,7100

-0,5875

-13,7
Contrat soya novembre 2019 ($ US/bu) 8,9900 8,7075 -0,2825 -3,1
Prix du soya/Prix du maïs 2,09 2,35    
Taux de change ($ US /CA) 0,7675 0,7510 -0,0165

-2,1

 

Marché local du maïs (FAB ferme) Semaine du 17 juin 2019
Semaine du 15 juillet 2019
Semaine du 12 août 2019
Base livraison immédiate ($ CA/bu) 2,18 2,49 2,66
Base livraison immédiate ($ US/bu) 0,54 0,90 1,10
Prix livraison immédiate ($ CA/t) 262 269 251
Base livraison récolte 2019 ($ CA/bu) 1,40 1,42 1,51
Base livraison récolte 2019 ($ US/bu) -0,09 0,07 0,22
Prix livraison récolte 2019 ($ CA/t) 236 228 207

 

 

L’USDA a de nouveau surpris le marché avec un rapport mensuel particulièrement baissier pour le maïs. À la suite d’une reprise de l’enquête sur les superficies ensemencées, les nouvelles données sur les emblavements du maïs et du soya ont été publiées le 12 août. Le marché pensait que les superficies du maïs avaient été surestimées, et s’attendait donc à une forte réduction de cette estimation. Or l’USDA baisse à peine celle-ci de 91,7 à 90 millions d’acres (Ma), soit 900 000 acres de plus qu’en 2018. De plus, le rendement a été relevé, passant de 166 à 169,5 bu/acre. Par conséquent, l’estimation de la production de maïs est quasiment inchangée par rapport au mois passé à 13,9 milliards de boisseaux (Gbu), soit 3,6 % de moins que l’an passé. Et pour couronner le tout, l’USDA abaisse l’utilisation pour l’éthanol de 25 millions de boisseaux (Mbu) et les exportations de 100 Mbu. Par conséquent, les stocks de report sont maintenant estimés à 2,18 Gbu en 2020, en baisse de 7,6 % par rapport aux inventaires de 2019.

 

Si l’on reprend les principaux points de l’offre et la demande de maïs aux États-Unis, la production atteint quasiment 14 Gbu, les demandes pour l’éthanol et les exportations ont été abaissées, et les inventaires ont été haussés. Bref, un portrait carrément baissier par rapport aux attentes du marché, d’où une chute brutale des contrats à terme à la Bourse de Chicago de près de 15 %. Certes, un risque demeure quant aux récoltes en raison des semis très tardifs : seulement 57 % du maïs et 54 % du soya sont en bonne ou excellente condition dans le Midwest. Un gel hâtif ferait des dommages considérables, mais le scénario de l’USDA repose bien évidemment sur des conditions climatiques normales cet automne.

 

À priori, le rapport de l’USDA est plus encourageant pour le soya. En effet, la superficie ensemencée a été fortement abaissée, passant de 80 à 76,7 Ma, soit une chute de 14 % par rapport à l’an passé. Le rendement étant inchangé, la production passe de 3,85 à 3,68 Gbu, soit en baisse de 19 % par rapport à l’an passé. Comme les exportations perdent 100 Mbu, les stocks de report passent de 795 à 755 Mbu en 2020, soit une baisse de plus de 29 % par rapport aux inventaires de 2019. Mais ce portrait relativement haussier de la fève cache un problème majeur. En effet, les ventes américaines de maïs et de soya en 2019-2020 accusent un net retard par rapport à 2018-2019 – le maïs américain a beaucoup de mal à concurrencer les maïs brésilien, argentin et ukrainien alors que ces trois pays ont des récoltes abondantes, voire records, dans le cas du Brésil. Pour la fève, l’USDA prévoit que les exportations augmenteront de 75 Mbu pour atteindre 1775 Mbu en 2019-2020, alors que la guerre commerciale sino-américaine fait rage et que la demande chinoise pour le tourteau est en forte baisse en raison de la contraction de 40 % du cheptel porcin en raison de la peste porcine africaine. Même si elle a été abaissée de 2 millions de tonnes (Mt), la prévision des importations chinoises de 85 Mt en 2019-2020 soulève des interrogations puisqu’elle implique une hausse de 2 Mt par rapport à l’année précédente. Le marché ne semble pas croire à ces chiffres : plusieurs analystes pensent qu’au mieux, les exportations américaines de soya atteindront le niveau de 2018-2019. Dans ce cas, les stocks dépasseraient le seuil des 800 Mbu en 2020.

 

L’agence météorologique du gouvernement américain, NOAA, a publié ses prévisions pour le mois de septembre ainsi que pour la période allant du 1er septembre au 30 novembre. Elle annonce des températures au-dessus des normales pour l’ensemble du Midwest (ainsi que pour le Québec), à l’exception des États du Dakota qui auraient des températures en dessous des normales en septembre. Si ce scénario se réalise, il écarterait le risque d’un gel hâtif pour le maïs. Les précipitations devraient être dans les normales pour l’est et le centre du Midwest, et au-dessus des normales pour la partie nord-ouest.

 

Les exportations de canola à destination de la Chine sont toujours interrompues, mais les ventes de tourteau et d’huile de canola se poursuivent. Les autorités chinoises refusent d’entamer des discussions techniques avec le Canada au sujet de la présence invoquée de parasites ou de bactéries dans des livraisons de canola. Il est clair que l’embargo ne sera pas levé avant les élections fédérales en octobre. Pour le moment, les autres grains canadiens ne semblent pas être visés par ce conflit, mais il n’en demeure pas moins qu’un risque plane sur tout le négoce des grains avec la Chine. De plus, Beijing a suspendu toutes les importations de viande du Canada, incluant le porc; une décision qui affecte le Québec puisque la Chine est un grand marché. Quant au soya, celui-ci demeure sous la menace d’un embargo chinois, à l’instar du canola et du porc. Cette incertitude nuit à la commercialisation de notre fève.

 

Le président argentin Macri, qui avait entrepris de réformer l’économie, est en voie d’être battu par son opposant de la gauche. Le péso argentin a dégringolé et la monnaie est extrêmement volatile. Normalement, une dévaluation rend les grains argentins plus compétitifs sur le marché mondial, mais l’impact est difficile à prévoir dans un contexte de volatilité extrême et de risque politique.

 

 

SCÉNARIO DES PRIX :  Baissier

 

Notre scénario des prix a changé, il est devenu carrément baissier. Avec une production américaine de maïs de 14 Gbu et des stocks de report supérieurs à 2 Gbu, d’une part, et une très forte concurrence du Brésil, de l’Argentine et de l’Ukraine, d’autre part, il n’y a présentement pas grand-chose d'haussier dans le marché du maïs. Quant au soya, la faiblesse de la demande chinoise est combinée à une offre sud-américaine très abondante. Évidemment, ce pessimisme pourrait disparaître, ou même s’inverser si de nouveaux éléments haussiers intervenaient : un gel hâtif aux États-Unis réduisant la production de maïs, une entente commerciale sino-américaine avec une reprise immédiate des achats chinois de soya américain, etc. Pour le moment, ces facteurs haussiers ne sont pas plausibles et ne peuvent donc pas être considérés.

Malgré tout, notre scénario ne prévoit pas une dégringolade des prix. En attendant le rapport de Statistique Canada du 28 août, on peut émettre certaines hypothèses sur notre production de maïs. On a des superficies de 382 500 ha, en baisse de 0,8 % par rapport à 2018. Vu nos semis tardifs, si l’on utilise un rendement moyen de 9,7 t/ha, on obtient une production de 3,7 Mt, ce qui donnerait un modeste surplus. L’offre locale de maïs ne devrait donc pas mettre une pression négative sur le marché, ce qui pourrait se traduire par des bases assez fermes. Celles-ci dépendront évidemment en grande partie du taux de change.

 

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