L'Éditorial des marchés - 17 janvier 2019

Le marché des grains navigue dans la brume

 

Par : Étienne Lafrance, agent d’information sur les marchés, Producteurs de grains du Québec

 

 

Le 22 décembre dernier, le président américain provoquait une paralysie partielle de son propre gouvernement. Ce shutdown a été causé par un différend entre les démocrates, qui contrôlent maintenant la majorité de la Chambre des représentants, et Donald Trump. Au cœur de la discorde : le financement pour la construction du mur entre les États-Unis et le Mexique, qui est une promesse électorale du président américain. Par conséquent, les employés fédéraux ne sont plus rémunérés et la plupart d’entre eux ne peuvent tout simplement pas travailler.

 

Depuis la paralysie, le département américain de l’Agriculture (USDA) n’est plus en mesure de publier ses rapports sur les ventes de grains à l’étranger ni son fameux rapport mensuel sur l’offre et la demande dans le secteur des grains, lequel était prévu pour le 11 janvier et attendu par tous les gens du milieu. Or, certaines firmes privées ont saisi l’opportunité d’offrir leurs estimations pour pallier le manque crucial d’informations. Certaines compagnies se targuent même de détenir une information plus riche et plus précise que celle de l’USDA. Malheureusement, nulle d’entre elles n’a la notoriété, la crédibilité, ni l’objectivité qui confèrent à l’USDA son influence sur le marché boursier des grains. Le marché des grains navigue donc dans la brume et peine à se repérer.

 

Les producteurs agricoles sont alors les grands perdants de cette opacité des marchés. Par contre, les multinationales dans le négoce du grain ont une idée assez précise de ce qui se passe à l'international, par exemple des ventes de soya vers la Chine, ne serait-ce que par les informations sur le fret maritime. D’ailleurs, il est assez inconcevable qu’à l'ère des algorithmes et de l’intelligence artificielle, l’USDA ne dispose pas des ressources nécessaires pour transmettre les informations sur les ventes à l’international. En vertu des lois américaines, toutes les compagnies sont tenues de rapporter leurs ventes à l’exportation. Néanmoins, il faut se rappeler que l’USDA est le seul organisme dans le monde à faire cette compilation.

 

En l’absence des rapports de l’USDA, force est d'admettre que l’on a tenu pour acquise, jusqu'à maintenant, l'accessibilité à une information de qualité, transparente et objective. Cet élément est tout simplement crucial pour le bon développement d’un libre marché. On peut faire un parallèle avec le SRDI, la seule source d’information qui existe sur les bases locales au Québec. Sans cette information, les marchés, et en particulier les producteurs, devraient composer avec l’incertitude. Or, l’issue de la situation américaine est entre les mains du maître de la désinformation, Donald Trump.

 

 

 


De temps à autre, au gré des besoins et de l’actualité, j’écrirai un éditorial sur un sujet touchant la commercialisation des grains. Cet éditorial reflètera une opinion personnelle qui ne sera pas nécessairement représentative de la position officielle des Producteurs de grains du Québec.

 

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