L'Éditorial des marchés - 11 novembre 2019

De lourdes pertes de revenus en perspective pour les producteurs de maïs

Par : Ramzy Yelda, analyste principal des marchés, PGQ

 

Les professionnels de l’industrie des grains aiment bien faire des analyses sophistiquées pour expliquer les marchés et leur impact sur les producteurs agricoles. Cependant, il y a des situations où une analyse simple et sommaire fait tout aussi bien l’affaire.

 

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que 2019-2020 s’annonce comme une année très difficile pour bon nombre de nos producteurs de maïs. Les semis ont été très tardifs; les conditions ont été sèches de la mi-juin à la mi-août, puis très humides à partir de septembre; les températures ont plongé depuis le début de novembre; et, pour couronner le tout, on nous annonce une tempête de neige! Le battage a démarré lentement et péniblement, et les premières indications ne sont pas encourageantes : les rendements sont en dessous de la moyenne; l’humidité du grain est très élevée; la qualité est très variable, avec des grades 2, 3, 4 et 5 - malheureusement, le grade 2 se fait plutôt rare, les grades inférieurs semblent prédominer, principalement en raison du poids spécifique.

 

Vu la lenteur du battage, on a un portrait incomplet de la situation. Certes, il y a des producteurs chanceux qui ont réussi à semer tôt et à récolter du maïs de grade 2 et sec, mais ceux-ci semblent être plutôt rares. Par ailleurs, on entend des histoires d’horreur : du maïs échantillon, du grain à plus de 35 % d’humidité etc. Essayons d’évaluer une récolte typique de maïs cette année avec une perte de rendement de 10 %, un taux d’humidité de 25 % et un grade numéro 3 à 4.

 

Le prix du maïs est présentement autour de 222 $/tonne FAB ferme. Une perte de rendement de 10 % équivaut à environ 22 $/tonne. Les centres de grains chargent en moyenne 1 $ par point d’humidité. Pour un maïs livré avec 25 % d’humidité, on parle donc d’un frais d’environ 25 $/tonne.

 

Les escomptes des grades ne sont pas encore clairement déterminés dans le marché local. De par les renseignements pris auprès de plusieurs acheteurs, les escomptes varient présentement entre 0 $ et 5 $/tonne pour un grade 3, et de 5 $ à 15 $/tonne pour un grade 4. Si on prend les moyennes, on a des escomptes de 2,50 $/tonne pour un grade 3 et de 10 $/tonne pour un grade 4.

 

Notre producteur typique dans notre exemple voit son revenu amputé de 22 $/tonne pour la perte de rendement, de 25 $/tonne pour le séchage, et de 2,50 $ à 10 $ la tonne pour un grade 3 à 4. On parle donc d’une perte totale allant de 49,50 $ à 57 $ par tonne de maïs. Et ce scénario est loin d’être extrême – si vous refaites les calculs avec une perte de rendement de 15 %, 30 % d’humidité et un grade 4, la perte se chiffre à 73 $ la tonne! Cette analyse est certes sommaire et préliminaire, mais elle nous donne un premier aperçu des lourdes pertes de revenus en perspective pour les producteurs de maïs.

 

 


De temps à autre, au gré des besoins et de l’actualité, j’écrirai un éditorial sur un sujet touchant la commercialisation des grains. Cet éditorial reflètera une opinion personnelle qui ne sera pas nécessairement représentative de la position officielle des Producteurs de grains du Québec.

 

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