L'Éditorial des marchés - 11 mars 2019

D'une pierre trois coups

Par : Ramzy Yelda, analyste principal des marchés, PGQ

 

Le 1er mars 2019, Beijing a révoqué le permis d’exportation de canola de la compagnie Richardson International, une multinationale canadienne des grains. Cette mesure a fait l’effet d’une bombe puisque le marché chinois compte pour 40 % des exportations canadiennes de canola et que Richardson est l’un des principaux manutentionnaires et exportateurs canadiens. La Chine a invoqué la présence de parasites ou de bactéries dans des livraisons de canola pour justifier sa décision. Cependant, il ne fait aucun doute que le litige n’est pas d’ordre technique ou scientifique, mais plutôt politique.

 

En effet, le blocage des grains de l'entreprise Richardson International par la Chine constitue une forme de réplique à l'arrestation de la directrice financière du géant chinois des télécommunications Huawei à Vancouver le 1er décembre 2018. Mais le geste des autorités chinoises ne s’explique pas seulement par cette partie de bras de fer politique. En effet, il est de plus en plus clair que la peste porcine africaine a fait beaucoup plus de dommages en Chine au cours des derniers mois que ce qui ressort des chiffres officiels. Par conséquent, la production porcine chinoise est en baisse, et donc la demande pour le tourteau est en déclin, d’autant plus que la formulation des rations alimentaires a été modifiée pour inclure moins de tourteau. Finalement, le conflit commercial sino-américain est en voie d’être réglé. Par conséquent, les Chinois devront intensifier leurs achats de soya américain, et auront donc moins besoin d’acheter d’autres oléagineux, tels que le canola.

 

La révocation du permis d’exportation de Richardson est un geste grave qui ébranle toute l’industrie, mais il n’est pas fatal, pourvu que les autres exportateurs puissent vendre le canola canadien en Chine sans encombre. En ce qui concerne le Québec, l’impact de cette mesure sur le marché local est mineur en raison du faible volume de production qui se destine en bonne partie à l’usine de Bécancour.

 

Cependant, un risque plane. En effet, la Chine pourrait décider d’accentuer la pression sur le Canada en étendant le blocage des exportations à tout le canola canadien, voire à d’autres grains, tels que le soya. Dans ce dernier cas, les producteurs agricoles québécois seraient directement touchés puisque la Chine est un débouché majeur pour la fève.

 

 

 


De temps à autre, au gré des besoins et de l’actualité, j’écrirai un éditorial sur un sujet touchant la commercialisation des grains. Cet éditorial reflètera une opinion personnelle qui ne sera pas nécessairement représentative de la position officielle des Producteurs de grains du Québec.

 

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