Chronique TCN - 5 février 2020

La hausse des prix vient en partie contrebalancer la baisse du rendement du maïs

Chronique Les tendances de la Terre de chez nous publiée le 5 février 2020

Par Ramzy Yelda, analyste principal des marchés

 

La commercialisation du maïs: tout un défi!

Avec un rendement de 8,9 t/ha, la production de maïs au Québec a chuté de 250 000 tonnes, ou 7 %, pour s’établir à 3,37 millions de tonnes. La qualité est médiocre, avec peu de grades 2 et une prédominance de grades 3, 4, 5 et échantillon. Les principaux facteurs de déclassement sont le faible poids spécifique et les grains cassés; heureusement, les toxines ne sont pas un problème. Le grain a été battu avec des taux d’humidité très élevés (de 30 à 35 % en moyenne). Le séchage a été un défi dans le contexte de la grève du Canadien National (CN), qui a mené à une pénurie et à une flambée du prix du propane. Celle-ci a été accentuée par le fait qu’il y avait beaucoup de grain humide dans le Midwest et au Canada.

Le marché local s’est aligné sur un grade 3. Selon le prix offert pour un grade 2, il peut y avoir ou non une prime de 10 à 20 $ la tonne suivant le poids spécifique. Les escomptes se sont stabilisés : de 0 à 3 $ pour un grade 3, de 5 à 8 $ pour un grade 4, autour de 15 $ pour un grade 5. Le maïs échantillon est traité au cas par cas, suivant la raison du déclassement.

 

Qualité variable

La qualité est variable : un même producteur peut avoir récolté toute une gamme de grades selon les cultivars utilisés et les dates de semis et de battage. Suivant les capacités de stockage de chaque exploitation, le grain entreposé a été plus ou moins ségrégué. Normalement, la prise d’un échantillon représentatif d’un silo permet de connaître sa qualité. Cette pratique, fortement recommandée, est moins fiable cette année qu’à l’accoutumée, car la qualité peut être variable au sein d’un même silo. Les producteurs sont avisés de prendre un échantillon représentatif au moment du chargement de chaque camion : en cas de désaccord sur le grade décerné au déchargement, le producteur pourra fournir à l’acheteur son échantillon pour analyse.

Heureusement, la hausse des prix vient contrebalancer en partie la baisse du rendement, les escomptes de qualité et les frais de séchage. Même s’il n’y a pas pénurie, le marché local est très serré. Les bases en dollars canadiens et américains sont en hausse, alors que la Bourse de Chicago s’est redressée et que le taux de change est stable. La plupart des utilisateurs couvrent seulement leurs besoins à court terme. Certes, les importations seront en hausse, mais dans l’immédiat, les Grands Lacs sont fermés à la navigation. D’ailleurs, les États américains proches du Canada ont eux aussi eu de sérieux problèmes de qualité. Les importateurs qui veulent acheter un grade 2 pour le mélanger au grain local doivent se tourner vers le Midwest, ce qui implique des coûts de transport plus élevés. De fait, en tonnage, les importations ferroviaires ne peuvent pas rivaliser avec les laquiers. Quant au grain d’outre-mer, le programme d’exportation brésilien est arrivé à son terme. Les prix locaux seront soutenus au moins jusqu’au printemps. Les producteurs pourraient profiter des prix haussiers pour vendre progressivement, ce qui diminuerait la pression d’importation plus tard.

 

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