Retour sur la conférence Outlook de l'USDA - 21 mars 2018

Retour sur la conférence Outlook de l'USDA

Chronique Les tendances de la Terre de chez nous publiée le 21 mars 2018

Par Ramzy Yelda, analyste principal des marchés

 

La 94e édition de l’Agricultural Outlook Forum organisé par le département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) s’est tenue les 22 et 23 février à Washington. Cette conférence a réuni tout le gratin de l’USDA – le secrétaire de l’Agriculture, Sonny Perdue, ainsi que ses principaux collaborateurs. Par ailleurs, plusieurs dirigeants de l’industrie (Cargill, DowDuPont, PepsiCo, etc.) ont donné des présentations. Toutes les allocutions, aussi bien celles de l’USDA que celles de l’industrie, étaient très clairement en faveur de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui est absolument essentiel au secteur agroalimentaire américain.

Quant aux perspectives des marchés des grains, le portrait qui se dégageait était celui du statu quo. L’USDA a publié ses premières estimations des superficies ensemencées pour 2018. (Ces prévisions seront remplacées le 29 mars par les intentions d’ensemencement.) À 90 millions d’acres, les superficies de maïs et de soya sont quasiment identiques à celles de 2017. L’USDA utilise des rendements conformes à la tendance de 174 bu/acre pour le maïs (contre 176,6 bu/acre en 2017) et de 48,5 bu/acre pour le soya (contre 49,1 bu/acre). Par conséquent, selon les prévisions, les niveaux de production devraient atteindre 14,39 milliards de boisseaux (Gbu) de maïs, soit 1,5 % de moins qu’en 2017, et 4,32 Gbu de soya, soit 1,6 % de moins que l’an passé.

Quant aux stocks, ceux-ci devraient atteindre 2,27 Gbu de maïs en 2019, soit 3,4 % de moins qu’en 2018, et 460 millions de boisseaux de soya, soit une baisse de 13,2 %. Par conséquent, on pourrait être tenté de dire qu’il y aura une certaine amélioration en 2018-2019, puisque les niveaux des productions et des stocks baissent légèrement aux États-Unis. Mais cela ne se reflète pas dans les prix projetés pour 2018-2019. En effet, selon les prévisions, le prix moyen du maïs devrait atteindre 3,40 $/bu FAB ferme l’an prochain, en hausse de 10 ¢/bu par rapport à l’année courante, et celui du soya devrait s’établir à 9,25 $/bu, soit une baisse de 5 ¢/bu.

Sécheresse en Argentine

Comment concilier ce statu quo avec la sécheresse en Argentine et le rallye de la Bourse de Chicago depuis la mi-janvier? Il faut se rappeler que les perspectives de l’USDA ont été élaborées à la mi-février, alors que la situation hydrique de l’Argentine pouvait encore changer radicalement et que les dommages causés aux cultures n’étaient pas irréversibles.

Peut-on en déduire que l’USDA serait nettement plus haussier s’il refaisait le même exercice prévisionnel aujourd’hui, soit un mois plus tard? Pas nécessairement. Comme l’a souligné un conférencier à Washington, bien que l’Argentine soit en train de perdre des millions de tonnes de production de maïs et de soya en raison de la sécheresse, les récoltes du Brésil sont en train de gagner des millions de tonnes grâce aux conditions météo exceptionnellement favorables. En d’autres termes, le marché météo haussier en Argentine pourrait être contrebalancé par un marché météo baissier au Brésil.