La chute de la teneur en protéines du soya américain - 14 février 2018

La chute de la teneur en protéines du soya américain

Chronique Les tendances de la Terre de chez nous publiée le 14 février 2018

Par Ramzy Yelda, analyste principal des marchés

 

L’année 2017 a marqué un tournant dans le commerce mondial du soya. Pour la première fois, le soya brésilien a dominé le marché chinois avec une part de marché de 53 %, contre 34 % pour les États-Unis. Certes, le Brésil a eu une récolte record en 2017 en raison de conditions météo favorables et de l’augmentation des superficies. De plus, la logistique a été optimisée pour acheminer le grain grâce aux investissements massifs qui ont été réalisés au cours des dernières années en matière d’infrastructures et à l’ouverture de nouveaux ports dans le nord-est.

Il y a aussi un facteur qualitatif derrière la percée remarquable du soya brésilien : sa teneur en protéines est supérieure à celle de la fève américaine. Le taux moyen en protéines des récoltes brésilienne et américaine en 2017 était respectivement de 37 % et de 34,1 %. Le soya génétiquement modifié (GM) est trituré d’abord et avant tout pour la production de tourteau, un ingrédient fondamental des moulées. L’industrie animale privilégie une teneur plus élevée en protéines, car celle-ci favorise une croissance plus rapide des animaux, et donc une meilleure rentabilité.

Au cours des six dernières années, le pourcentage en protéines du soya américain a suivi une tendance baissière, passant de 35,3 % en 2012 à 34,1 % en 2017, sur une base de 13 % d’humidité. L’industrie américaine, des semenciers aux producteurs, est axée sur l’amélioration du rendement, aux dépens du pourcentage de protéines. La raison est commerciale : en règle générale, la teneur en protéines n’affecte pas le prix offert aux producteurs de soya GM qui ne reçoivent pas de prime lorsque la proportion de celles-ci est plus élevée, et qui ne sont pas pénalisés si celle-ci est basse.

Au Canada, le pourcentage en protéines des soyas GM a été relativement stable de 2011 à 2016, autour de 39,5 % sur une base sèche, soit environ 34,4 % sur une base de 13 % d’humidité (les chiffres finaux pour 2017 n’ont toujours pas été publiés). Mais ces statistiques cachent une différence notable entre les soyas produits dans l’ouest, en très forte progression, et ceux cultivés dans l’est. En effet, la teneur en protéines est habituellement nettement plus élevée en Ontario et au Québec qu’au Manitoba en raison des conditions climatiques et agronomiques.

L’industrie animale américaine a contrecarré la baisse de la teneur en protéines du tourteau de soya en augmentant fortement l’utilisation de substituts dans les moulées, tels que la drêche de distillerie qui a pris une grande place du marché à la suite de la montée en flèche de la production d’éthanol. Jusqu’à présent, la situation n’a pas causé trop de problèmes aux triturateurs et aux exportateurs. Mais si les taux de protéines continuent de baisser au cours des prochaines années, ces deux secteurs seront pénalisés et les mécanismes du marché réagiront. Les agriculteurs québécois pourraient alors recevoir une prime pour la teneur élevée en protéines de leur soya.